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La capoeira bahiana - Mestre Ary

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Mestre Ary Reza Brava
c-f : Bonjour, le premier thème sur lequel je souhaitais vous interroger concerne la "capoeira bahiana". C'est une dénomination que vous arborez dans votre travail (NDT : "capoeira bahiana" est présent sur les logos et tee-shirt de l'académie de Mestre Ary) et j'aimerais comprendre ce que représente ce terme : en quoi la "capoeira bahiana" peut elle être différente de la capoeira que l'on rencontre dans d'autres endroits, quels sont les éléments qui la caractérisent : tradition, mouvements, histoire … ?
Mestre Ary : Basiquement, je me réfère à la capoeira bahiana pour délivrer et faire passer les connaissances du peuple bahianais, tout le processus de création et de développement de la capoeira dans le reconcavo bahiano lui-même, de la région de Bahia ; les autres régions ne m'intéressent pas, c'est seulement celle-ci. C'est parce que c'est de là que surgit l'histoire de la capoeira, c'est le berceau de la capoeira.

En ce qui concerne les différences avec la capoeira pratiquée dans d'autres régions, il y en a, dans le jeu par exemple, mais je préfère ne pas parler de celles-ci car les différences les plus importantes se trouvent dans le travail que je développe.

Malheureusement, beaucoup de Mestres aujourd'hui ont adopté la stylisation de la capoeira. Je n'aime pas cette stylisation, je suis contre car selon moi elle dénature et dé-caractérise la capoeira. On retrouve une capoeira avec toutes les caractéristiques d'une lutte orientale. Si vous y prêtez un peu attention, c'est une mixture de gymnastique olympique avec quelque art martial oriental.

Mon travail va à l'encontre de ce phénomène, je n'adopte pas cette stylisation… La base du travail est le mouvement, la danse du caboclo, partie indigène de la capoeira que beaucoup oublient, associée avec la connaissance des esclaves ramenés principalement d'Afrique.

Maintenant il y a des informations sur mon travail que je ne peux pas vous passer ici parce que c'est un travail que je suis encore en train de structurer. J'ai besoin de renforcer ce que je suis en train de faire au Brésil tout comme donner de bonnes bases au travail que je commence à peine en Europe. Il faut bien faire attention à donner des bases solides aux groupes d'élèves que je forme avant de passer à l'étape suivante : vous avez pu noter le temps qu'il faut [NDT : stages de Tanus 2001 et 2002] pour faire passer quelques informations simples, quelques mouvements. C'est un point auquel je porte particulièrement attention afin que l'information qui sera transmise par la suite ne soit pas "vide". C'est difficile, d'autant plus qu'il faut aussi faire passer un savoir d'un autre type, des connaissances historiques, la tache se complique encore. Pour moi même, ce sont des choses qui ne sont pas simples, ma propre relation avec la chose, donc elles peuvent poser des problèmes aux élèves qui doivent absorber ces connaissances. Je dirais que c'est encore plus difficile pour les élèves non brésiliens car le problème de la langue se pose très rapidement.

Par exemple pour l'élève étranger, non seulement pour la capoeira bahiana, mais pour comprendre en général la capoeira, il est important d'apprendre la langue portugaise. Dans ce cas, il est plus important pour lui d'apprendre le portugais que pour nous d'apprendre le français, parce que pour comprendre la même chose qu'un élève brésilien, il doit fournir beaucoup plus d'effort. C'est le premier pas pour l'étranger, apprendre la langue portugaise, ou plutôt, savoir parler et comprendre le portugais du Brésil. Et le reste, je le passerai par le contact avec les élèves, au cours des stages et des leçons que nous donnons ici [NDT: région toulousaine] et au brésil quand les élèves viendront dans l'académie, par exemple au début 2003. Mais ce sont des choses qui demandent du temps.

Je fais attention à ne pas faire passer certaines informations, principalement au niveau historique, parce qu'elles pourraient porter préjudice à mon travail par la suite. Il faut savoir qu'il y a beaucoup de personnes qui cherchent à exploiter l'histoire de la capoeira, des "chercheurs d'or" dans le milieu de la capoeira, capoeiristes eux-mêmes, qui vivent seulement du trafic de ces informations, de l'achat et de leur vente. Il y a notamment des Mestre de capoeira qui gagnent leur vie rien qu'en exploitant ces informations.

Ces connaissances sur la capoeira, son histoire, sont pour moi une chose très intime que j'ai mis 22 ans à découvrir. Je ne peux pas les faire passer en un cours aux élèves. C'est avec le temps que je pourrai voir leur implication et un jour leur prouver ma confiance en leur transmettant quelques unes de mes connaissances. C'est quelque chose qui est au dessus du travail technique de la capoeira, le travail technique n'est que la première étape de l'apprentissage.

Si je faisais passer ces informations maintenant à certains de mes élèves qui commencent la capoeira, elles pourraient se retrouver dans les mains d'autres Mestres qui en tireraient profit sans attendre et mon travail serait perdu.

Pour revenir à la dénomination "capoeira bahiana", c'est du reconcavo bahiano que tout provient. Si vous regardez les capoeiristes les plus connus dans la région de Rio de Janeiro, ils sont quasiment tous issus de Bahia. Ca ne veut pas dire que la capoeira de Bahia est meilleure : Bahia souffre beaucoup de la stylisation dont je parlais ; il n'empêche qu'au niveau historique, cette région reste le berceau de la capoeira, au Brésil, si vous cherchez les origines de la capoeira, tout le monde vous indiquera Bahia. A l'étranger, ce n'est pas la même chose, le travail qui y est développé n'a pas pour référence Bahia.

Je ne souhaite pas changer le nom de mon travail parce qu'il fait directement référence à la capoeira de la région de Bahia, mais quelque soit la capoeira pratiquée, en haut ou en bas, le véritable nom de la capoeira est "capoeira angola".

Mestre Bimba jouait la capoeira angola, et il développa un travail auquel il donna le nom de "gymnastique régionale de Bahia" parce qu'il n'avait pas le droit de divulguer le nom de capoeira à cause de son interdiction. Mais la capoeira de Bimba était elle aussi angola. Et quand il eut l'opportunité d'assister aux démonstrations de ceux qui arboraient le terme de "capoeira regional", certains de ses élèves ayant déjà développé leur propre travail, il fut déçu, il dit que ce n'était pas là le travail qu'il avait fait passer. La stylisation de la capoeira ne vint donc même pas de la part de Mestre Bimba.


c-f : Pour terminer avec le thème de la "capoeira bahiana", c'est aussi un hommage que vous rendez à Bahia en donnant à votre travail son nom ?
Mestre Ary : En effet, je suis bahianais, j'ai appris la capoeira à Bahia, j'apprends la capoeira à Bahia, et la capoeira est née dans les senzala de Bahia, dans les forêts de Bahia avec les indiens et les nègres de la région. Après on dit qu'il y a une capoeira carioca, paulista… oui, il y a de la capoeira à Rio de Janeiro, à Sao Paulo, il y en a aussi à Manaus, mais les racines de la capoeira sont à Bahia même. Il est triste de voir que les capoeiristes de Bahia ne sont pas unis. S'il y avait plus d'union entre eux, la référence serait d'un autre niveau. Il n'y a pas d'union, tous sont en train d'accepter la stylisation, la commercialisation de la capoeira. Mais je ne suis pas pressé; je vais travailler avec mes élèves, sans essayer de faire de l'argent facile ou d'étendre la capoeira au reste du monde : la capoeira a déjà fait le tour du monde, elle est même allée jusqu'au Japon. Donc ma préoccupation est autre, ma préoccupation est de maintenir mon travail, pur, sans stylisation aucune, une capoeira la plus primitive possible.


 
Merci au Mestre Ary Reza Brava de nous avoir accordé du temps pour cet interview et pour nous avoir permis de la diffuser sur capoeira-france
 

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Les galeries photo :
  Stage à Tanus (Tarn)
  Stage Tanus 2002

Sequence(s) mp3 :
  Stage de Tanus, août 2001, deuxième roda
  Stage de tanus, Associations Berimbau d'Oc et Maltas, août 2002

 
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