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Conférence d'Antonio Liberac - La capoeira au 19ème siècle

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- Conférence animée par Antonio Liberac -



Les maltas
La capoeira du 19ème siècle n'avait pratiquement rien à voir avec celle que l'on connaît de nos jours. Nous allons développer ici principalement la capoeira qui existait dans la ville de Rio de Janeiro, ville dont les capoeiristes ont beaucoup fait parler d'eux à cette époque et pour laquelle nous avons pu retrouver beaucoup de documentation officielle sur l'organisation des capoeiristes.

Ce qu'il faut savoir, c'est que la capoeira était principalement pratiquée par des bandits qui s'organisaient en bandes appelées "Maltas" et que chaque malta correspondait à un espace physique, un quartier.
A ces groupes correspondaient toute une série de rituels: les tenues vestimentaires, les marques de reconnaissance, les noms...
Mais basiquement, il y avait les groupes qui se reconnaissaient dans les "Nagoas" et ceux qui se reconnaissaient dans les "Guaiamus". Les Nagoas restaient dans la partie sud de la ville alors que les Guaiamus occupaient la partie nord.

Je vais citer quelques noms de groupe de cette époque : "flor da gente da gloria", "espada", "monturu", "capiteiros", "3 casos", "dos ossos", "cadeira da Senhora", "franciscanos", "lança". En réalité, ces noms venaient de capoeiristes très inventifs... par exemple, le nom "dos ossos" était celui d'une bande dont le quartier était basé autour d'une église nommée "bon Jésus du calvaire" et donc la bande prit le nom de "des os" en référence au calvaire, à tous les bonhommes qui étaient morts. Il y a aussi un quartier avec une église nommée "Santa Rita". Le groupe qui contrôlait ce quartier se faisait appeler "3 casos" simplement parce que Santa Rita avait 3 mèches de cheveux sur la tête. Dans le quartier "Campo de Santana", le groupe prit le nom de "cadeira da Senhora" parce que Notre Dame est assise dans les représentations qui y étaient faites.

Il y a donc une certaine créativité autour du noms de ces maltas qui est propre au 19ème siècle. Ce que l'on voit aujourd'hui comme une plaisanterie était à l'époque très sérieux : il y avait un réel respect pour ces noms.

Ces maltas avaient aussi des signes de distinction. Généralement, les Nagoas utilisaient un ruban de tissus blanc qu'ils attachaient sur une partie du corps : sur le bras, à la taille… et les Guaiamus utilisaient un ruban rouge et cela permettait de différencier les deux groupes. Et il y avait aussi d'autre types de signes distinctifs tels que les sifflements. Dans les registres de police, on remarque que beaucoup de capoeiristes furent arrêtés parce qu'ils avaient été surpris en train de siffler les uns avec les autres, utilisant une série de codes. C'est une chose qui évidemment n'existe plus dans la capoeira d'aujourd'hui.

Une autre caractéristique intéressante du 19ème siècle, ce sont les instruments musicaux utilisés pour la capoeira. On retrouve seulement un atabaque ayant la forme d'un tambour de guerre : ce n'était pas un atabaque comme ceux d'aujourd'hui, mais un tambour de guerre, les mêmes qui sont mis en avant lors des défilés militaires [NdT : tambour avec deux baguettes]. Le berimbau n'apparaît pas encore dans la capoeira. Il apparaîtra seulement au début du 20ème siècle, fin 19ème... Le berimbau n'est donc pas l'instrument principal de la capoeira, c'est le tambour de guerre qui marquait tous les rythmes dans la roda. Les capoeiras utilisaient aussi toute une série d'armes. Ils étaient spécialistes dans le maniement des armes, telles que les couteaux, les bâtons…

En réalité, la capoeira à cette époque était très violente. Les confrontations entre les différentes maltas se terminait généralement par plusieurs morts. Une des armes utilisées, le marimbo, était constituée d'un morceau de bambu à l'extrémité duquel on attachait une cordelette attachée elle-même à un couteau de cordonnier, ces petits couteaux en forme de crochet. Et le capoeira utilisait donc cette arme en lançant le couteau vers un ennemi puis tirait fort pour l'accrocher et le traîner vers lui.


Le rythme
Une autre notion importante dans la capoeira du 19ème siècle est celle du rythme utilisé. On a tendance à essayer de faire croire que le rythme utilisé dans la capoeira du 19ème siècle était celui de la capoeira angola mais en fait cela n'avait rien à voir avec la capoeira angola, ni avec la capoeira regional, qui n'apparaîtront que plus tard, au 20ème siècle.
Certes il y a des similitudes entre la capoeira du 20ème et celle du 19ème, des mouvements qui se ressemblent, mais même les noms sont différents de l'une à l'autre : quasiment tous les noms sont différents. Pas de martelo par exemple. On retrouve par contre la rasteira, la cabeçada, et un coup nommé "suicidio" qui consiste à se jeter sur l'adversaire le couteau en avant, une attaque suicidaire en quelque sorte.

Le rythme musical au 19ème siècle était le rythme militaire : les capoeiras étaient placés en avant des cortèges militaires, criant et sautant – contrairement à ce que l'on raconte aujourd'hui, les capoeiras faisaient déjà des acrobaties à cette époque, ce n'est pas une nouveauté du 20ème siècle – et ils faisaient l'animation du cortège.
Le rythme était donc très martial, un rythme basiquement militaire avec ses roulements de tambours. Les capoeiristes en tête du cortège étaient aussi là pour provoquer les bandes ennemies par leur sauts et leurs comportements. Et ces parades militaires finissaient souvent par de violents affrontements entre les capoeiras des différentes bandes.

En ce qui concerne le chant, je vais vous présenter le chant le plus ancien de capoeira dont on ait pu retrouver officiellement des traces. Il en existe peut être d'autres plus anciens mais pour lesquels nous n'avons aucun indice permettant de donner des dates précises. Les chants de capoeira au 19ème étaient souvent des provocations entre les bandes, avec des répliques :

Les Guaiamus chantaient :
Terezinha de Jesus / Thérèse de Jésus
Abre a porta, apaga a luz / Ouvre la porte, éteint la lumière
Quero ver morrer Nagoas / Je veux voir mourir les Nagoas
Na porta do Bom Jesus / A la porte de l'église du Bon Jésus


Et les Nagoas répondaient :
O castello isso bandeira / Le château a hissé le drapeau
Sao Francisco replico / Saint François répliqua
Guaiamus esta reclamando / Les Guaiamus sont en train de râler
Mano preto ja chego / Mano preto est déjà arrivé


Lieux communs de la capoeira au 19ème siècle
L'histoire du Brésil au 19ème siècle est très vaste. Certains disent que la capoeira est bahianaise, d'autres qu'elle est carioca, mais en fait, ça n'a rien à voir avec tout ça.

Au 19ème, la capoeira apparaît dans divers endroits au Brésil, dans le "Maranhao" de pair avec "bua meu boi" où la capoeira reçu cette influence rythmique venant du samba, où il y eut un réel rapprochement entre la capoeira, le samba et la religion. Les endroits où la capoeira était la plus pratiquée au 19ème étaient Rio de Janeiro, Belem do Parai, on y pratiquaient bien plus la capoeira qu'à Salvador dans ce cas vu que ces villes portuaires étaient les plus actives.

Comme je l'ai déjà dit, la capoeira au 19ème était pleine d'étranger, des africains évidemment, mais aussi beaucoup d'européens, essentiellement de langue latine, des espagnols, des portugais, des français, des italiens. On retrouve beaucoup de traces de ces étrangers dans les registres de police, quand ils étaient arrêtés, pris en train de pratiquer la capoeira.

Je vais maintenant répondre à vos questions sur ce thème avant de passer au prochain.
 
Nous remercions le Dr. Antonio Liberac pour nous avoir autorisé à publier cette traduction faite sur la base de la conférence qu'il a tenue.
 

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