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Interview de George Domingas Marquez

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- Georges D.M. -
capoeira-france : Bonjour Georges, peux-tu te présenter aux visiteurs de capoeira-france pour qu'ils comprennent d'où tu viens, quel est ton parcours, avec qui travailles-tu...?
Georges : Bonjour, je m'appelle Georges, je suis élève de Sorriso, je fais donc partie du groupe Senzala. Actuellement je suis corde bleue...


capoeira-france : Pourrais-tu nous dire quel niveau cela représente ?
Georges : Bon ça change, avant c'était instructeur... on va dire que c'est instructeur. Maintenant, il y a une corde verte pour désigner les instructeurs, et une corde violette pour les professeurs. Mais bon, on est en plein changement.
Je développe un travail à Perpignan avec des enfants, des adolescents et des adultes, dans une association qui s'appelle la "casa musical". C'est une association pluri-culturelle qui essaie de rassembler le plus d'activités culturelles possibles, en sachant que ces activités sont en général assez nouvelles en France, comme le hip-hop, la capoeira, la danse africaine, le djembé, beaucoup de danse. Je développe aussi un travail basé sur la capoeira dans des quartiers difficiles de Perpignan. Je me régale, tu vois, je m'éclate !


capoeira-france : J'ai entendu dire qu'avant de faire de la capoeira tu as suivi une formation de gymnaste. Peux-tu nous en parler ?
Georges : J'ai fait dix ans de gymnastique, beaucoup de compétitions, mais quand je me suis mis à la capoeira, au bout de deux ans, j'ai arrêté totalement la gym, ça m'a gavé. Mais j'ai fait beaucoup de gym.
Ensuite, j'ai découvert la capoeira et ça m'a bien plus intéressé, par rapport à tout ce qui est créativité. La gym est beaucoup plus fermée : en capoeira, tu n'as pas de limite par rapport aux mouvements que tu veux faire. Au contraire, en gym, tu sais déjà ce que tu vas faire, et ça devient monotone. A la fin tu n'est plus un humain, t'es un robot et moi je conseille aux jeunes de ne pas faire ce sport : c'est peut-être bien au début pour développer ton corps, mais ça ne t'ouvre pas du tout l'esprit. La capoeira elle te donne cette possibilité


capoeira-france : A quel age as-tu commencé la capoeira ?
Georges : J'ai commencé à 20 ans, ça fait 5 ans que je pratique. J'avais commencé la gymnastique à 12 ans, et j'ai fait du hip-hop aussi. Je continue à faire du hip-hop, c'est une activité qui m'intéresse toujours.

Ce qui m'a plu au premier abord, c'est l'image de la capoeira, ce qu'on retrouve dans le hip-hop, le côté acrobatique. Ensuite, j'ai choisi de m'investir plus particulièrement dans la capoeira par rapport à ce que ça m'apportait dans la vie : beaucoup plus de chose, beaucoup plus d'ouverture. Avec la capoeira, je passe beaucoup de temps à essayer de comprendre de nouvelles choses.
Pour revenir à la gymnastique, ce sont des acrobaties sans histoire, alors que là, tu donnes une histoire à ce que tu fais. Tu vas tourner sur une main... cela va avoir une incidence sur l'histoire, tu vas distraire l'adversaire et pouvoir enchaînner sur un coup de tête. Ce tour sur la main, il a une histoire. En gymnastique, ce serait un tour sur la main juste pour l'acrobatie.

Parfois les gens me disent "tu as fait de la gym, tu as des facilités pour la capoeira". C'est en partie vrai, pour tout ce qui est acrobaties, j'ai des facilités, mais à côté de cela, pour ce qui du mouvement du corps, de la ginga, du rapport à la musique... Comme la gym est un sport très carré, comme tu es tendu du bout des pieds jusqu'à la pointe des doigts, et bien j'ai eu du mal à m'adapter. J'étais assez tendu, robotique même. Et petit à petit j'ai réussi à me décoincer, à me détendre et maintenant j'arrive à me lacher dans la capoeira, et ça me fait trop plaisir.


capoeira-france :J'ai eu l'occasion de te voir jouer avec des capoeiristes expérimentés comme Zangado ou Peninha et tu as l'air d'entrer facilement dans ce type de jeu. Comment expliques-tu cette aisance alors que 10 ou 15 années de pratique vous séparent ?
Georges : Personnellement, je pense qu'il y a des activités ou le nombre d'années de pratique ne donne pas toujours le même résultat en fonction des gens. Par exemple, si tu prends le cas de la gymnastique, il y a des gens qui vont s'entrainner pendant deux ans, 5 ou 6 heures par jour, et passées ces deux années, il peuvent aller aux jeux olympiques. C'est ce qui se passe aujourd'hui. Il y a une fille qui s'appelle Ludivine Furnon, elle est rentrée à 12 ans dans l'équipe de France, elle avait de super capacités physiques, et au bout de deux ans elle était aussi bonne que des filles qui en faisaient depuis dix ans.
En ce qui me concerne, je suis arrivé dans la capoeira à 20 ans, et j'ai du beaucoup travailler, et pendant 5 ans je me suis donné à fond. Et c'est aussi grâce à Sorriso, parce qu'il très chiant, il te pète les [...], mais au final, si tu tiens le coup... dans la capoeira, il te donne de la vérité, il parle vrai. Quand tu fais de la capoeira avec lui, quand il t'entraîne, tu sais qu'à la fin tu vas faire de la capoeira, tu vas pas faire un ersatz ou quelque chose qui "ressemble" à la capoeira. J'ai quelqu'un qui m'a bien appris, et pour ça aussi je suis content.


capoeira-france : Et ton originalité dans le jeu, dans les mouvements, est-ce que c'est quelque chose qui te vient naturellement ou bien est-ce que tu le travailles ?
Georges : Non je travaille, je répète. J'ai des amis qui font de la danse hip-hop et je travaille avec eux, je m'inspire beaucoup de ça. Les danseurs de hip-hop s'inspirent de la capoeira et moi je m'inspire du hip-hop, j'essaie de mélanger, parce que la capoeira c'est ça : depuis le début ça a été un mélange de cultures. Maintenant elle est arrivée en Europe, il n'y a pas très longtemps, et il faut voir ce qu'il va se passer en Europe. On fait du hip-hop et bien pourquoi ne pas essayer de voir ce qu'il se passe dans le hip-hop. Mais toujours sans oublier les concepts fondateurs de la capoeira qui sont le jeu et la malice. Si tu enlèves le jeu, ça devient de la danse, et si tu enlèves la malice, il n'y a plus de piment.


capoeira-france : Quels conseils souhaiterais-tu donner aux jeunes capoeiristes tentés de suivre ton exemple en adoptant un jeu similaire au tien ?
Georges : Déjà, qu'ils écoutent leur professeurs ;) et surtout, qu'ils commencent par les bases. Il ne faut pas essayer de faire des choses difficiles si on ne sait pas déjà faire des choses basiques. Par exemple s'ils ont des bases fortes, ils pourront construire leur jeu et leurs acrobaties plus facilement. Il faut bien travailler les équilibres, bien travailler le macaco... et une fois qu'ils maitriseront ces choses, ils auront plus confiance en eux et ce sera plus facile pour la suite. Et puis, il ne faut pas brûler les étapes, jamais, et ce quelque soit la discipline. Et surtout, qu'ils se mettent à fond dans la musique, parce que ça, ça va beaucoup les aider, c'est ça qui au bout d'un moment va leur donner le swing du corps et c'est très important. Ça l'est même pour les acrobaties : sans le swing, tout redevient mécanique. La capoeira reste humaine. Si tu regardes les autres sports, il y a des milliers de règles, et tu passes plus de temps à prêter attention à ces règle qu'à l'activité elle même. La capoeira, il n'y a pas de règle, tu t'amuses, allez, vas-y !
C'est aussi valable pour les débutant. Ça m'arrive de jouer avec un débutant et de plus m'amuser qu'avec quelqu'un de plus expérimenté. Tout dépend de l'échange, et il y a toujours un échange dans la capoeira, c'est le partage.

Georges D.M.

Informations complémentaires :
Association "la casa musicale"
1, rue Jean VIELLEDENT
66000 PERPIGNAN
Tél: 04 68 62 17 22
Fax: 04 68 62 18 22

http://www.casamusicale.net

Horaires des cours :
- lundi 20H/21H30 (niveau2)
- vendredi 18H/19H30 (enfants)
- vendredi 19H30/21H (niveau 1)
 
L'interview de Georges D.M. a été faite en 2002 lors d'une rencontre à Montpellier. Nous le remercions vivement pour sa participation et vous invitons à le rencontrer à la casa musicale à Perpignan où il enseigne toujours.
 

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