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Interview du contra-mestre Torneiro

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Torneiro
- Contra mestre Torneiro -
capoeira-france : Bonjour Torneiro, peux-tu nous parler de ton parcours de capoeiriste ?
Torneiro : T.
Je pratique la capoeira depuis 14 ans. j'ai été professeur pendant 6 ans et là je viens d'obtenir le grade de contre-maître.
J'étais déjà professeur au Brésil et j'ai connu Bem-te-vi là bas. Il m'a proposé de venir faire un travail en France. Je suis arrivé ici en 1997. Nous avons travaillé ensemble pendant 3 ans puis il est sorti du groupe Senzala pour développer son travail et moi j'ai continué le mien.


capoeira-france : Peux-tu nous expliquer comment s'est fait le passage de professeur à contre-maître ?
Torneiro : C'est le temps qui fait les choses. Déjà c'est plus difficile à partir du moment où tu es professeur. A partir de là, c'est la vie de tous les jours qu'on passe avec la capoeira, les gens que l'on recontre, les échanges que l'on peut faire dans les événements, les festivals. Un jour, mon maître a estimé que je méritais la corde de contre-maître. Il est venu m'en parler, il en a aussi parlé avec les autres maîtres de la senzala. Je suis resté 6 ans avec la corde violette et ensuite j'ai obtenu la corde marron.


capoeira-france : Tu es rentré au Brésil pour passer cette corde ?
Torneiro : Oui, absolument, il fallait que j'y retourne car la base de ma capoeira se trouve là-bas. Le Brésil est le pays de la capoeira et même si j'ai un travail en France, notre travail, le mien, celui de mon maître et du groupe se trouve au Brésil. Ca a donc été l'occasion d'organiser une très grande rencontre à laquelle ont participé une trentaine de mes élèves français. De nombreux maîtres sont aussi venus : mestre Itapoan, mestre Claudio de feira de Santana, mestre Paulinho Sabia du groupe Capoeira Brasil... C'était vraiment une grosse rencontre, une belle fête, parce que pour une corde de contre-maître, il faut faire une belle fête !


capoeira-france : Ce changement de grade a-t-il comporté une partie technique ?
Torneiro : Non, il n'y a pas de partie technique, parce que quand tu prends une corde de contre-maître, il faut être bien. Le capoeiriste pour moi, il faut qu'il travaillle tous les jours. Je pense que maintenant, je n'ai rien à prouver à personne. Je suis là, je fais mon travail et c'est au travers de ce travail que les gens vont m'évaluer, comme mon maître le fait : j'ai développé mon travail, j'ai beaucoup voyagé, je connais beaucoup de monde, beaucoup de maîtres, des anciens... C'est important de connaître tout ça : la capoeira, c'est pas être capable d'arriver dans une roda, bien jouer, faire des saltos... etc, non, il faut aussi connaître l'histoire de la capoeira, il faut connaître les maîtres, les anciens, c'est important. C'est là qu'on connait les gens et que les gens nous connaissent, le temps fait le reste.
Maintenant, mon maître ne me demande plus de comptes sur ma technique. Il regarde plutôt comment je fais mon travail, si je marche bien, si je marche droit, si les élèves sont bien, s'ils ont de la discipline.
Au contraire, lorsqu'un élève passe un grade et qu'on le suit au jour le jour, on lui demande de connaître les bases. Si c'est un élève débutant, on ne lui demande pas beaucoup de choses, c'est pas facile, mais c'est pas grand chose. Quand l'élève a une bonne ginga, qu'il fait les mouvements de base, meia lua de frente, armada, le rôle, qu'il commence à se lâcher, là on lui donne un petit grade, comme ça il va être encore plus motivé et va travailler plus...

Je vis au quotidien la capoeira avec mes élèves. C'est comme moi avec mon maître, mestre Elias : j'ai pratiqué dix ans avec lui avant de venir en France. Et maintenant il ne peut me juger que sur la base de mon travail, en venant le voir ici. Je suis sorti formé, je suis sorti du Brésil professeur pour développer un travail en France. C'est pour cela que jusqu'au niveau de professeur, il faut rester aux côtés de son maître. Après, ce n'est pas comme je veux, c'est comme lui le veut. Je ne peux pas lui dire: "mestre, je pense que j'ai ce qu'il faut pour changer de corde". C'est le temps qui décide.
Un maître, le mot à une signification très forte pour moi, un maître doit avoir une bonne tête, doit avoir au moins 30 ans, et il doit avoir développé un bon travail. Quand on arrive au grade de contre-maître et maître, il n'y a plus tellement de question technique. Il ne va rien te demander, il va juste voir si tu mérites ta corde.


capoeira-france : Quel âge as-tu ? [NDLR : date de l'interview : 3 novembre 2002]
Torneiro : J'ai 27 ans. C'est jeune pour un contre-maître. J'ai passé six ans avec la corde violette de professeur et maintenant je vais peut-être passer dix ans avec la corde marron, peut-être six, peut-être douze, treize... Quand j'aurai plus de 30 ans, un jour, les maîtres de la Senzala vont discuter pour voir si je mérite de devenir maître à mon tour. C'est come ça dans le groupe Senzla : un maître ne décide pas tout seul si un élève peut devenir maître ou non. Il va d'abord discuter avec tous les autres maîtres pour voir s'ils sont d'accord avec cette décision. Le groupe Senzala, ce sont les maîtres Elias, Itapoan, Garrincha, Sorriso, Peixinho, Gato, Beto, Feijao, Toni Vargas, Gil Velhor, Amendoim.... Il y a beaucoup de maîtres !


capoeira-france : Qu'est-ce-que cette corde de contre-maître va changer pour toi ?
Torneiro : Je suis très content d'avoir obtenu ce grade, mais je ne pense pas que cela change quoi que ce soit dans mon travail. Cela ne va pas me rajouter de responsabilité parce que personnellement, j'ai toujours été responsable. C'est le temps qui va décider pour moi, je vais simplement continuer à faire mon chemin, mon travail, et un jour je mériterai peut-être le grade de maître. Et si je ne le mérite pas, qu'est-ce-que je pourrai y faire ? Laisser passer du temps...


 
Nous remercions Torneiro pour le temps qu'il nous a accordé à l'occasion de cette interview.
 

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