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Interview de Christine Boisard Leroux

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Roda dos Orixas

Masaï

Madone Yanomani

Yanomani aux 3 singes

O abraço 1

O abraço 3

Pastinha

Après la capoeira

Rio de tous les possibles
capoeira-france : Bonjour Christine, peux-tu nous parler de toi, de ton rapport avec la capoeira ?
Christine : J'ai passé sept ans de ma vie au Brésil, toujours du côté de Rio de Janeiro. J'y suis arrivée à trente ans et je cherchais un art martial ou une danse à pratiquer vu que j'avais déjà fait de la danse africaine et du taï-chi.
Quand j'ai découvert la capoeira angola, ça m'a vraiment emballée parce que ça représentait pour moi un mélange de valeurs que je connaissais déjà.
L'Afrique m'intéressait aussi beaucoup et c'est un autre élément important que je trouvais dans la capoeira angola.
Par contre j'avais eu l'occasion de voir de la capoeira regional et je n'avais pas du tout accroché. C'était à l'occasion d'un événement organisé par le mestre Camisa du groupe Abada. Les gens se battaient un peu pour entrer dans la roda et je trouvais ça un peu agressif. Etant assez timide, ça ne m'avait pas plu plus que ça.

J'ai commencé à peindre en arrivant au Brésil, sans doute parce que ce pays m'a inspirée. J'avais déjà peint quelques portraits mais c'est avec mon arrivée au Brésil que je m'y suis mise plus sérieusement. J'ai aussi été attirée par l'art naïf brésilien, c'est un type de représentation que j'affectionne.
Ma première exposition a porté sur la capoeira angola.
Pour ce tableau là (voir "Roda dos Orixas") j'ai aussi été inspirée par le candomblé qui fait partie de la culture afro-brésilienne. On y voit quatre orixás pour les quatre éléments : Xangô, le feu, Oxalá, la terre, Iansã, l'air et Iemanjá, l'eau. Chaque orixá représente une divinité. D'une manière générale, j'aime bien replacer la capoeira dans son contexte socio-culturel.
Il faut voir qu'au Brésil il y a beaucoup de personnes croyantes, la religion est très présente et surtout il y a beaucoup de mélanges entre ces croyances.
La roda que j'ai représentée, la roda de capoeira en général, est pour moi un microcosme dans lequel tu peux rencontrer toutes les difficultés de la vie quotidienne. Tu peux y affronter ces difficultés et ainsi t'exercer aux problèmes du monde.
Le serpent qui entoure la ronde et qui se mord la queue, c'est Oxumarê, qui représente le bien et le mal, c'est un peu comme le ying et le yang.
Les animaux qui entourent la ronde sont plutôt des symboles forts en Afrique : le zèbre, le lion qui est un symbole très fort chez les masaï, le boeuf, très important pour les masaï encore qui se nourrissent de son sang parce qu'il a une valeur spirituelle, c'est aussi un symbole récurrent depuis la nuit des temps, le coq, un animal très présent que ce soit dans les combats de coq, ou encore dans les sacrifices, notamment ceux du candomblé, et enfin le singe connu pour sa malice.
Pour faire cette "ronde des orixás", je me suis documentée notamment en lisant un livre de Pierre Verger sur le sujet, mais sans entrer non plus dans les détails, sans me spécialiser sur le sujet : les orixás ont simplement été une source d'inspiration. Par exemple, la représentation que j'ai choisie pour Oxala, le caméléon, provient d'une tribu Yoruba ; elle n'a pas grand chose à voir avec celle que l'on voit généralement au Brésil.
La capoeira ne doit certes pas être associée de façon systématique au candomblé, mais je trouve que la roda est un endroit où chacun peut exprimer sa spiritualité, où l'énergie est très importante. C'est un endroit fermé où la musique, le chant et les percussion nous permettent de sentir l'énergie monter, voire d'entrer dans un état de transe. Je trouve que cette énergie à quelque chose à voir avec celle du candomblé.


capoeira-france : Tu as commencé la capoeira avec le mestre Manoel ?
Christine : Non, j'ai commencé avec le contra-mestre Urubu qui était un élève du mestre Manoel. C'était il y a dix ans. J'ai du arrêter et reprendre à de multiples reprises, mais la capoeira a toujours été très présente, et dans les périodes où je n'avais pas la possibilité de jouer la capoeira, je me suis orientée vers de la documentation.


capoeira-france : Peux-tu nous parler de tes autres peintures ?
Christine : En ce qui concerne la capoeira elle-même, j'ai peint quelques portraits et scènes de capoeira.
Il y a aussi un autre thème que j'affectionne et qui n'a rien à voir avec la capoeira. C'est le thème de la nature et celui de l'enfance. Sur ces représentations (voir tableaux "Madone Yanomani", "Yanomani aux 3 singes", "O abraço 1", "O abraço 3"), l'idée est un peu de nous faire prendre conscience de l'importance de la nature, de la forêt amazonienne, de représenter le lien de l'indien avec l'animal, avec la terre, tout ça à une époque où l'on détruit rapidement cet univers.
Ce qui m'importe à travers la représentation des personnages de mes tableaux, c'est de faire ressortir leur regard, par exemple le regard de celui-ci ("O abraço 1") qui est heureux avec son petit singe, mais inquiet face au devenir de son environnement. Ou encore là ("O abraço 3"), c'est le regard de la pauvreté qui peut être bien vécue quand on est enfant, c'est la simplicité de la vie en fait.
Je trouve que les enfants ont quelque chose de spontané et de pur que la nature a aussi. Hélas, c'est en devenant adulte qu'on oublie un peu ce lien.

Dans la pièce d'en bas, j'ai exposé des portraits de capoeiristes. Il y a celui du mestre Pastinha qui s'est posé en gardien de la capoeira angola, la capoeira mère.
Il est mort aveugle, dans la misère, sans l'aide, évidemment, du gouvernement qui a essayé d'ensevelir tout ce qui relevait de la culture afro-brésilienne.
Cette culture n'intéressait pas l'Etat brésilien qui souhaitait passer à autre chose.
J'ai aussi représenté le mestre Cobrinha Verde, élève du mestre Besouro, capoeiriste au sujet duquel existent de nombreuses légende (lire biographie ici).
Il y a aussi le mestre Joao Grande, élève de Pastinha, et puis le mestre Manoel qui est venu pour cet événement (NDLR : rencontres Ypiranga de Pastinha 12-13 novembre 2005).

Sur un autre thème, voilà un tableau qui représente l'après capoeira (voir tableau "Après la capoeira"), quand les capoeiristes se retrouvent pour aller danser et boire un coup dans un bar. C'est vraiment quelque chose qui, au Brésil, fait partie de la capoeira : c'est très convivial, c'est une rencontre. Ce n'est pas comme ici avec les clubs d'arts martiaux où les gens vont dans des gymnases, s'entraînent et puis s'en vont chez eux.

Pour ce qui est de ce tableau (voir tableau "Rio de tous les possibles"), j'ai choisi de représenter avec un aspect naïf la ville de Rio et ses composantes, comme ce touriste qui se fait braquer au méridien parce qu'il vient de débarquer avec trop d'apparats. Il y a aussi une roda de capoeira, et le samba à Santa Teresa, quartier artistique de Rio où j'ai habité trois ans.
Rio, c'est un mélange riche, tout en contraste : la nature à proximité des immeubles, la richesse à côté de la pauvreté.

Retrouvez les peintures de Christine sur son site :
http://larondedumonde.free.fr


 
Merci beaucoup à Christine pour le temps qu'elle nous a accordé, pour sa patience quant à la publication de cette entrevue, et bonne continuation dans sa peinture.
 

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