Accueil » Articles

L'internationalisation de la capoeira - Mestre Cobra Mansa - Octobre 2005

Choisissez une page : 


Première phase : l'Afrique
- mestre Cobra Mansa -
Le processus d'internationalisation de la capoeira commence dès le moment où l'africain arrive au Brésil.
Sur ce dessin [NDLR : voir photo], nous pouvons voir cette zone qui est l'Angola, celle-ci qui est l'Afrique Centrale, l'Afrique du Sud, l'Afrique du Nord et l'Afrique méridionale. Ici, on trouve cette région que l'on appelle Nigeria.

Lorsque nous parlons d'Afrique Centrale, nous parlons de différents peuples avec différentes ethnies. Mais ces peuples sont classés comme peuples Bantus. Les bantus ont en commun une même base linguistique. C'est comme si l'on parlait du latin qui est la base linguistique des autres langues que nous avons comme le portugais, l'anglais, le français...

Cette classification du peuple bantus fut établie par un ethnologue européen dont j'ai oublié la nationalité. Le terme "bantus" signifie en réalité "être humain". Ils s'appelaient donc "être humain", l'autre personne était un "bantus", un être humain.

Bien que les langues des bantus se ressemblent, on en note un grand nombre, parmi lesquelles les plus connues sont : Kingongo, Kimbumdo et Ouimbundo. Ces trois langues sont les plus connues, mais il en existe beaucoup d'autres.
Donc en Afrique Centrale, nous avons des peuples ayant des cultures similaires, des langages apparentés, mais qui forment en réalité des peuples différents. C'est comme si l'on disait que les européens sont tous identiques alors que l'on peu extraire des groupes comme les français, les anglais etc... ayant chacun leurs coutumes et leur culture.

gros plan
gros plan
gros plan



A l'origine de la capoeira
Différents groupes d'africains arrivent au Brésil : les Benguela, les Angola, les Congo, les Guine, les Monjolo.
Il y a à ce sujet quelque chose d'intéressant, c'est que bien souvent l'on confond groupe culturel avec groupe linguistique. Tous ceux qui s'appelaient "Angola" s'appelaient ainsi parce qu'il sortaient de l'Afrique par le port de Luanda ; on les classifiait donc dans le groupe des "Angola".
Cela veut dire que lorsque l'on parle du processus initial de la capoeira, tous ces peuples sont impliqués.
Il y a déjà une internationalisation à ce moment là.

De nos jours, il existe un certain nombre de controverses quant à l'origine de la capoeira. Mais nous allons voir que des danses très proches de la capoeira ont été découvertes : le N'Golo, la Basula, la Kabetula. Il y en a bien d'autres sur lesquelles nous savons peu de choses.

Une théorie avance donc que toutes ces luttes contribuèrent à former ce que l'on a appelé la capoeira au Brésil.
Bien sûr, on parle principalement de nos jours du N'Golo. Ceci est dû au travail d'un dessinateur et ethnologue, il me semble, qui s'appelait Neves Souza.
A son arrivée au Brésil, il a vu de la capoeira et il dit : "Nous avons aussi cela en Angola, ça s'appelle le N'Golo". Et là il a fait quelques dessins sur la capoeira, puis d'autres dessins sur le N'Golo. Il publia un livre intitulé "As coisas que eu vi no Brasil" - Les choses que j'ai vu au Brésil.
Ensuite il a échangé des informations avec un folkloriste nommé Edson Carneiro, qui faisait des recherches sur le Candomblé, et qui commença à en faire sur la capoeira.
Cet échange passe notamment l'envoi de dessins de Neves Souza a Edson Carneiro, dessins qui seront publiés dans le livre de ce dernier.
C'est ainsi que tout le monde va être au courant de l'existence de cette danse, du N'Golo, et de son lien avec la capoeira.
J'ai longtemps entendu parler de ce livre sans l'avoir jamais vu. Et ce n'est que récemment que j'ai pu en consulter une version originale en Allemagne.
Ce n'est pas un livre qui parle seulement du N'Golo et de la capoeira, il relate tout ce que son auteur a vu au Brésil.
Il parle aussi du mestre Bimba, du Candomblé... le tout sous la forme de petits dessins accompagnés de commentaires.
Tout ceci pour dire que nous devons nous rappeler que d'autres luttes contribuèrent à faire ce que l'on appelle la capoeira.


Au Brésil
La seconde phase du processus d'internationalisation de la capoeira se déroule au Brésil et correspond à la présence du portugais. En effet les portugais ont apporté dans la capoeira un élément qui s'est perdu : "la navalha" - le rasoir.

Toujours en parlant d'internationalisation, une autre contribution viendrait des Indiens qui auraient fourni le terme capoeira signifiant "o mato que foi cortado" - la forêt qui vient d'être coupée. Quand la forêt vient d'être coupée et que l'herbe repousse, la zone en question était désignée par les indiens par le terme "capoeira".
Mais cette dernière supposition est sujette à discussion : le terme "Kipura", un mot du vocabulaire africain, je ne sais plus s'il s'agit d'un mot kingongo ou kimbumdo, veut dire se battre en sautant. Donc certains pensent que ce mot Kipura est à l'origine du mot capoeira.
Cette seconde phase de l'internationalisation de la capoeira serait donc le résultat d'une contribution des portugais d'une part et des indiens d'autre part.

Durant l'époque de l'empire colonial, il se trouve que de nombreuses personnes aux nationalités variées commencent à pratiquer la capoeira au Brésil, mais d'une forme rebelle. A cette époque, la capoeira fait partie de ce que l'on appelait les "maltas", le mot anglais équivalent étant "gang".
Certaines personnes des classes moyennes et parfois des classes hautes apprirent à jouer la capoeira.
Nous allons ainsi trouver plusieurs récits, notamment à Rio de Janeiro, mettant en scène des personnes connues qui à un certain moment d'un affrontement utilisèrent des mouvements de capoeira pour se défendre.
De même, on retrouve des récits de marins étrangers qui apprirent à jouer la capoeira à cette époque, toujours dans la région de Rio de Janeiro.

Après l'époque de l'empire, au moment où la capoeira devient interdite, cette phase tombe. Elle renaîtra seulement dans les années 1920-1930, mais cette fois-ci dans la région de Bahia. Les récits relatent alors que l'on a vu des gens jouer la capoeira sur les marchés, sur les quais ou près des ports où se réunissaient le peuple.

A ce moment là, des étrangers, principalement des français et des allemands vont au Brésil et font des photographies de la capoeira, puis ramènent ces images dans leur pays d'origine, généralement en tant que manifestation bien exotique.

C'est seulement dans les années 1955-1960 que les capoeiristes commencent à sortir du Brésil pour aller dans d'autres pays. La forme que prend la capoeira en dehors du Brésil est celle d'un spectacle.
Mestre Pastinha va en Afrique en 1966 pour faire une démonstration de capoeira à l'occasion du festival des Arts Nègres de Dakar.
Un peu plus tard, principalement, à Bahia, de petits groupes folkloriques commencent à s'organiser et à voyager, en montrant non seulement la capoeira, mais aussi le folklore du Brésil.
Un des groupes folkorique les plus connu, c'était dans les années 70, s'appelait "Viva Bahia". Il fut créé par une femme nommée Emilia Biancardi, professeur, et qui commença à former ce groupe dans une école. Cette troupe voyagea dans plusieurs pays d'Europe et du Moyen Orient.

Un peu avant cela, un film long métrage, Orfeu Negro, montre la mort faisant un mouvement de capoeira. C'est un film très beau qui mérite d'être vu. Je parle de l'ancienne version, il y en a une plus récente, mais le premier est très beau. Ce film a été un autre vecteur qui a fait connaître la capoeira à l'étranger.

De la même manière, des chanteurs tels que Gilberto Gil, Caetano Veloso, font connaître la capoeira grâce à leurs chansons.

Une autre personne qui a beaucoup contribué à faire connaître la capoeira en dehors du Brésil, par ses livres, fut Jorge Amado. Il commença à écrire des livres où il décrivait bien ce qu'était un capoeiriste, l'esprit d'être un capoeira.


Du Brésil vers l'extérieur
Tout cela permit d'apporter beaucoup d'éléments et de former une image de la capoeira à l'étranger.
Quand la capoeira arrive réellement dans un pays étranger, les gens ne la connaissent pas mais ils ont parfois une idée de ce qu'elle peut être, par ce qu'il en ont lu dans un livre ou vu dans un film.

La décennie des années 70 est vraiment celle où il se forme un flux de capoeiristes sortant du Brésil pour aller dans d'autres pays.
Les principales destinations sont l'Europe avec l'Allemagne et les Etats-Unis.
Le mestre Jelon Viera arrive à New York en 73-74.
Camisa Roxa, le frère aîné du mestre Camisinha, arrive en Europe à la même époque pour faire des spectacles. Ce qui se passe alors, c'est que de nombreux capoeiristes qui faisaient partie de la troupe du spectacle décident de rester en Europe.
Ces personnes vont petit à petit former des groupes de capoeira. Certains poursuivent ce travail pendant que d'autres y renoncent.
C'est en Europe que ce processus se développer avec la plus grande intensité.
En effet, aux Etats-Unis, Jelon Viera et Bira Almeida restent isolés, faisant des spectacles et développant un petit travail de capoeira, mais personne de parvient réellement à s'installer avant 5 ou 6 ans de présence.
A l'opposé en Europe, il y a plusieurs exemples de personnes qui s'installèrent, comme Paulo Siqueira. Alors que ces personnes n'étaient pas forcément connues dans la capoeira au Brésil, elles parviennent à se faire un nom en Europe.
Avec le temps, ces petits groupes ressentent la nécessité d'aller au Brésil afin de connaître la capoeira telle qu'elle est pratiquée au Brésil.
Ainsi, aux Etats-Unis comme en Europe, les mestres organisent de petits groupes d'élèves qui s'entraînent dans le but d'aller au Brésil et de rencontrer d'autres mestres. En parallèle, ils commencent à organiser des événements qui permettent de faire venir des mestres de capoeira en Europe afin qu'ils puissent donner des cours, des stages.
C'est dans les années 80 que ce processus prendra de l'ampleur. Au début des années 90, le fait d'organiser de grands événements, de grands stages, est déjà une chose commune.


Sortir du Brésil et s'installer à l'étranger
Il y a quelque chose d'intéressant dans ce processus de sortie du capoeiriste pour l'étranger. Ce sont les moyens qu'il trouve pour réaliser cette sortie du Brésil.

La forme la plus courante pour sortir du Brésil est l'intégration d'une troupe folklorique. Il y a par exemple un grand spectacle qui réuni 10 ou 15 capoeiristes au Brésil et ce groupe va en Europe pour faire une tournée durant une vingtaine de jours.
A la fin d'une tournée, il y a parfois un capoeiriste qui n'a pas beaucoup de perspectives au Brésil et qui se dit "je vais tenter ma chance, je reste ici". A ce sujet, le mestre Bira Almeida dit quelque chose que je trouve très beau et qui concerne l'esprit d'aventure du capoeira : Le capoeiriste est un aventurier qui se fie à son berimbau. Je pense que cela résume bien l'esprit du capoeiriste parce que le gars arrive avec son berimbau dans une main et il dit "Moi et mon berimbau". Là où il arrive, il parvient à s'établir.
Il va dans un bar, il joue un peu, récupère l'attention de quelques personnes parmi lesquelles il y en a qui connaissent un peu la capoeira, il joue avec d'autres musiciens et en peu de temps, il a déjà son groupe de capoeira.

Un autre moyen que le capoeiriste utilise pour sortir du Brésil, cela peut sembler amusant mais c'est la pure réalité... les femmes contribuèrent é-nor-mé-ment à faire sortir des capoeiristes du Brésil. Je ne parle pas d'une femme qui pratique la capoeira, mais d'une femme normale qui va au Brésil, rencontre un capoeiriste et trouve bien le personnage, ce qu'il fait, et qui s'organise ensuite pour le faire venir dans son pays à elle, pensant que la capoeira marchera bien chez elle.

Le troisième moyen est moins répandu : c'est le cas du capoeiriste qui vend tout ce qu'il a et décide de partir.

Un autre cas, rare lui aussi, est celui de la personne qui vient avec un but spécifique comme étudier ou travailler, qui a une fonction spécifique qui n'a rien à voir avec donner des cours de capoeira. Mais au moment où il s'installe, il agit de telle sorte qu'il finit par donner des cours de capoeira, ou encore par devenir capoeiriste. C'est le cas d'Everson par exemple ! Et celui de toute personne capoeiriste qui arrivant ici, ne parvenant pas à laisser de côté le fait qu'il est un capoeiriste, finit par monter un groupe.

Voilà pour les formes les plus courantes que la capoeira rencontre pour sortir du Brésil et se répandre dans le monde.


Les difficultés
Au Brésil, on a une vision très positive au sujet du capoeiriste qui part s'installer à l'étranger. Mais tous les capoeiristes qui passent par ce processus rencontrent une série de difficultés.

La première d'entre elles va être la langue. Généralement, le capoeiriste qui part à l'étranger n'a pas eu l'opportunité d'apprendre une langue comme l'anglais ou le français, l'allemand, le japonais...
Ensuite, il y a le problème de l'adaptation culturelle : il va arriver dans un endroit où il y a certaines coutumes, certaines habitudes et cela va provoquer un choc culturel.
Il y a un autre choc qui peut-être climatique ! [Rires] Il est habitué à vivre à Bahia, c'est l'été, et quand il arrive en Allemagne, c'est l'hiver !
Un autre point est la création d'un groupe, le fait de pouvoir réunir des élèves pour monter un groupe. Cela inclue le fait de trouver un local, connaître des gens qui vont faire partie du groupe, savoir présenter ce qu'il sait faire - car parfois le gars peut-être un bon capoeiriste, quelqu'un qui joue très bien la capoeira, mais qui en arrivant dans un endroit ne sait pas présenter son travail aux autres. Et bien souvent, il va être tout seul pour jouer des instruments, chanter et jouer la capoeira ! [Rires]

De nos jours, c'est un peu plus facile, en fonction du lieu, car le capoeiriste peut faire venir un ami ou deux pour l'aider au début, faire des présentations, commencer le travail. Mais par le passé, c'était plus compliqué.

Voilà donc pour les difficultés de base que le capoeiriste rencontre en allant à l'étranger.
Nous pouvons toutefois y ajouter les difficultés liées à l'établissement même dans le pays : le fait de trouver un endroit où loger, le fait de régler les formalités administratives. Cela peut engendrer des situations très comiques où la personne a réglé tous ses problèmes de papier et de logement, mais à un moment donné, la relation avec la personne qui l'a fait venir ne fonctionne plus, et là... si c'est en plein hiver... c'est encore plus difficile.

Une fois qu'il a passé ces difficultés, qu'il a réussi à monter son groupe, les choses commencent à être plus simples.
Une chose que je dis souvent est qu'en fait, la vie du capoeiriste en dehors du Brésil n'est pas très différente de la vie du capoeiriste au Brésil.

Il y a un petit détail dont je n'ai pas encore parlé ici et qui a son importance. C'est la célèbre "Saudade", la nostalgie, le mal du pays, qui inclue l'alimentation, la famille et les amis. Cette saudade ne fait pas partie des éléments de base quand un capoeiriste part vivre à l'étranger, mais elle a un poids important.

D'une manière plus générale, si l'étranger parvient à passer les trois premières années dans son pays d'accueil, il reste. Ces trois premières années sont les plus difficiles : il n'arrive pas encore à parler correctement la langue, il n'a pas encore d'amis, il essaie de développer ses contacts et de comprendre le processus qu'il vit. Il faut donc réellement deux à trois années pour qu'il s'adapte à son nouveau pays.
Après ces trois ans, si le capoeiriste a travaillé sérieusement, son petit groupe d'élèves prend forme.


Re-flux de la capoeira

Pour terminer, je vais parler d'un phénomène nouveau : nous avions déjà le flux de capoeiristes, mais il y a aussi le re-flux des capoeiristes.
Nous observons deux processus.

Le premier, c'est le cas du mestre de capoeira qui est resté 10, 15 ou 20 ans à l'étranger et qui souhaite revenir au Brésil pour s'établir à nouveau et développer un travail chez lui.
Parfois, il va amener avec lui des élèves déjà expérimentés qui vont rester un certain temps au Brésil dans le but précis de s'entraîner à la capoeira. Ces élèves vont dédier six mois à un an de leur vie à l'apprentissage de la capoeira, au Brésil.

Nous pouvons donc déjà parler d'un processus complet que nous appelons "A volta ao mundo da capoeira" - Le tour du monde de la capoeira.
Le capoeiriste est parti, il s'est établi, puis il revient au Brésil.

Aujourd'hui il est plus facile de nommer les pays où il n'y a pas de capoeira que ceux où il y en a.
Malheureusement, les pays qui ont le plus de capoeira aujourd'hui sont ceux qui ont les meilleures conditions économiques. C'est le cas de l'Europe, des Etats-Unis, de quelques pays d'Asie. Vous rencontrerez beaucoup moins de capoeiristes qui vont s'installer en Afrique, en Inde ou dans les pays pauvre d'Europe. Le capoeiriste poursuit donc le même chemin que celui des immigrants.

Peu nombreux sont les capoeiristes qui ont essayé de s'installer dans des pays qui n'offrent pas de bonnes conditions économiques.
Maintenant, un autre processus se met en place, très intéressant lui aussi.
Un africain va en Europe pour étudier, apprend la capoeira, retourne en Afrique et monte un groupe. Ou encore un indien va aux Etats-Unis, apprend la capoeira et retourne en Inde, puis développe un travail avec la capoeira.
Là dessus, cette personne fait grandir le groupe et réunit les conditions nécessaires pour pouvoir faire venir un mestre du Brésil qui poursuivra l'enseignement et le travail développé jusqu'alors.

J'ai un exemple comme celui-ci avec un mestre qui se trouve en Malaisie, qui est aidé par le gouvernement pour développer son travail, il est donc bien installé, mais la personne qui a initié ce travail est un élève qui s'est entraîné en Angleterre.
Un autre exemple : le mestre Camisa a un travail en Angola. De même, la FICA développe un travail au Mozambique.
L'élève du mestre Camisa est un angolais qui a vécu à Rio de Janeiro où il a pratiqué la capoeira avec Camisa et qui en revenant en Angola a commencé son propre travail.
Pour la FICA, nous avons un élève qui est parti en Europe pour étudier, il y a découvert la capoeira avec le mestre Jurandir, il est ensuite allé à Seattle, au Brésil, et il est maintenant en train de former son groupe au Mozambique... Pardon, je fais une confusion, c'est plus compliqué que ça en fait... Cette personne a commencé la capoeira au Mozambique avec une fille qui avait elle même pratiqué la capoeira en Suède. Ces élèves ont ensuite pris contact avec le mestre Jurandir via internet et sont allés le voir à Seattle, puis au Brésil.
Le mestre Jurandir est déjà allé trois fois là-bas mais ce sont des pays qui n'offrent pas beaucoup de possibilités financières et en réalité, nous payons pour aller travailler là-bas avec ce groupe.
Chaque fois que le mestre Jurandir y va, la FICA des Etats-Unis fait un tour de chapeau pour réunir de l'argent afin de participer à l'achat du billet d'avion, Valmir [NDLR : Mestre Valmir, FICA, Salvador da Bahia] donne des instruments. Nous faisons notre possible pour aider ce groupe à poursuivre son travail.
C'est donc un processus encore différent de celui qui a lieu de nos jours en Europe et aux Etats-Unis.

Actuellement, pour qu'un enseignant puisse s'installer, établir un travail à l'étranger, les conditions sont un peu meilleures : il y a parfois la possibilité pour un groupe de faire venir un enseignant, un mestre, un trenel, pour développer un travail au sein du groupe, certaines fois pour une période courte et d'autres fois pour une période plus longue.

Et pour terminer, je dirais que la capoeira est aujourd'hui un des arts les plus diffusés dans le monde entier. Elle a contribué à la diffusion de la langue portugaise, car le capoeiriste doit connaître de façon quasiment obligatoire un peu de portugais, ne serait-ce que pour comprendre les chants de capoeira, ou encore pour comprendre le mestre lui-même pendant son cours.
Elle transporte aussi une image positive de la culture brésilienne. Parce que l'image qui jusque là transitait à l'étranger sur le Brésil a toujours été un peu négative : la mulâtre en bikini avec les fesses à l'air.... "Samba, suor e mulher pelada !" Samba, sueur et femmes nues!".
Finalement, nous pouvons constater que la capoeira, à travers ce processus d'internationalisation, a porté avec elle une image très positive du Brésil.

Une autre chose importante, c'est que les capoeiristes sont parvenus à former un réseau de communication, d'intégration, sans aucun appui du gouvernement.
Le gouvernement n'a jamais appuyé un capoeiriste pour qu'il sorte du Brésil, qu'il s'établisse à l'étranger, pour qu'il fasse quelque type d'événement. On a jamais entendu parler d'une quelconque intervention du gouvernement en ce sens.

C'est seulement ces dernières années avec l'arrivée de Gilberto Gil au gouvernement que l'on a pu voir une certaine mise en valeur de la capoeira à l'étranger, via les ambassades.
En réalité, le gouvernement ne fait ni plus ni moins que son devoir car les capoeiristes sont désormais des ambassadeurs du Brésil quand ils vont à l'étranger.
 
Nous remercions vivement le mestre Cobra Mansa ainsi que Everson Leao (responsable Fica Montpellier).
 

Choisissez une page : 
Votre avis sur cet article :

Donnez votre avis sur cet article
Voir les commentaires déjà postés (2 commentaires)

Les galeries photo :
  Conférence Cobra Mansa - Montpellier octobre 2005

 
  Copyright © 2001, 2019 
  Tous droits réservés - Reproduction  interdite sans autorisation écrite. 
  
un site internet Emagma