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Interview de Zum Zum

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- Nicolas Giraud -

- L'album Capoeira Urbana -

- Nicolas Giraud et Stéphane Waltzer -
« Comme l'eau et le feu,
la capoeira infiltrée dans nos villes
combat les forces obscures.
Pour rappeler ce qu'est la lumière et la paix
alors s'élève ce chant ancien et moderne
Aube de la musique, berimbau,
Brousse brulée, pandeiro
Guitare blues argentée
Trompette dorée
Capoeira agogô
Energie libérée »


Au sein d'une culture brésilienne anthropophage, la capoeira navigue entre tradition et innovation. Et acculturation, serions-nous tentés d'ajouter. Car c'est notamment en France que cette tendance s'affirme, incarnée avec brio par le groupe Zum Zum. Capoeira-France a rencontré pour vous Nicolas Giraud et Stéphane Waltzer, à l'occasion de la sortie de l'album Urbana Capoeira.

capoeira-france.com : Tout d’abord, pouvez-vous présenter le projet Zum Zum ?
Nicolas Giraud : Je suis d’abord musicien avant d’être capoeiriste. Je pratique la musique depuis l’âge de 9 ans, je suis trompettiste, j’ai 33 ans. C’est mon métier. A 19-20 ans, j’ai découvert la salsa, la musique africaine et depuis une dizaine d’années je travaille avec Tony Allen, le batteur de Fela (Kuti, ndlr). A travers lui, j’ai découvert la musique africaine, les chants Yorubá. On a alors voyagé dans le monde entier, de concerts en concerts.
Avant d’être capoeiriste, très jeune, j’ai pratiqué les arts martiaux : le judo, d'abord, puis le karaté. J’étais passionné par Bruce Lee, les arts martiaux, la philosophie orientale. Et un jour, par hasard, je suis tombé sur un cours de capoeira. C’était assez tard, j’ai découvert la capoeira à 24 ans. J’ai vu un jeu et…je suis tombé par terre. C’était un jeu angola, c’était mestre China, c’est avec lui que j’ai commencé. Cela m’a de suite fasciné : pour moi c’était la réunion de tout ce que j’aimais : la musique, la philosophie, la danse, la beauté. Ensuite, China est reparti au Brésil, j’ai continué, je me suis entraîné trois ans avec mestre Beija Flor. J’étais à l'affût de tout ce qu’il se passait : j’allais le voir avant les cours, j’étais passionné par le côté musical, essentiel à la Capoeira. Le message, pour moi, il est là.

Je ne comprenais pas ce que je chantais, et cela me frustrait. D'où l'idée d'aller au Brésil. C’est là que j’ai commencé à prendre des dictionnaires, traduire, aller voir le mestre, lui demander le sens des ladainhas. J’écoutais en même temps des disques : sur celui de Suassuna, il y avait de la guitare, du violon avec Silvio Acarajé, la musique de Badem Powell, Berimbau. J’ai aussi travaillé avec Claude Nougaro. A mon retour du Brésil, j’ai commencé à jouer de la trompette chez Claude et le berimbau sur cette chanson. C’était aussi un passionné du Brésil et un ami. C’est aussi une des personnes qui m’a encouragé à créer ce projet. Avant chaque concert, il me voyait jouer du berimbau, il venait dans ma loge, on chantait ensemble, on faisait des improvisations. Il voulait que je lui fasse une chanson. Parallèlement à ça, dans mes recherches, j'ai trouvé des gravures, ces premières gravures autour de la capoeira et j’y ai vu représenté quelqu’un jouant de la kalimba. J’ai commencé à lire les livres : on dit que le berimbau est arrivé dans la capoeira à la fin du XIXe siècle. J’ai lu aussi le livre que j’ai acheté des mains de la fille de Pastinha à Salvador, dans lequel j’ai découvert qu’il y avait alors de la guitare dans la capoeira. En allant me balader au Brésil, j’ai enmené ma kalimba, je chantais « riachão », sans jamais penser à faire quoi que ce soit, un disque ou autre. Le projet est vraiment parti de l’amour de la musique. C’est par la suite que j’ai rencontré Stéphane, le guitariste de Zum Zum. On a composé une musique ensemble. La première chanson, c’était : « Eu já ando enjoado de viver aqui na terra, ô mamãe vou pra lua ». J’ai enregistré ça au berimbau, lui il a ajouté la guitare, et on a commencé à travailler avec des effets. A s’amuser.

Quand je suis allé au Brésil je suis allé voir Manoel, et, à un stage qu’organisait un élève formé de Beija Flor, j’ai rencontré João Grande. Dès qu’il y avait un événement j’achetais tout. C’est ainsi que j’ai pu visionner les jeux de João Grande et Cobra Mansa. La révélation. Pendant un stage, quelqu’un a demandé ce qu’il fallait faire pour devenir capoeiriste angola, ce à quoi João Grande a répondu : « s’entraîner avec un mestre angoleiro » « est ce qu’on peut pratiquer angola et regional ? » « non, c’est pas possible ». J’ai suivi ses conseils. Je suis allé à Rio, où j’ai rencontré des mestres comme Marrom, j’ai enregistré son disque « Mestre Marrom e alunos ». On est en ce moment sur un projet similaire avec Manoel. Dans les rodas, pendant ces voyages, j’ai vu plusieurs élèves de mestre Manoel. C’est là que j’ai décidé de rencontrer ce mestre. Comme si c’était le chemin que je devais suivre. Une rencontre qui a eu lieu en 1999-2000. Une relation forte . Cela fait quatre ans qu’il vient ici et chaque année, ça grandit. Cette année, il est venu avec dix enfants de la favela de Maré, des enfants issus d’un quartier très difficile, ce n’est pas comparable à nos banlieues. Des conditions de vie qu’on montrera sûrement dans le dvd qu'on réalise, précaires. Le mestre est là pour leur montrer un chemin de vie, leur donner une force par la culture, sa connaissance et la capoeira.

Avec Stéphane, on continuait parallèlement à ça à faire de la musique, avec Claude Nougaro qui nous encourageait. Petit à petit. Zum Zum c’est aussi parti des ladainhas que j’avais écrites. Et de celles que j’aimais entendre mon mestre jouer, comme « Xô, xô, meu canário ». On répétait tout cela. Comme ça. Riachão, la première ladainha que j’ai apprise à jouer avec la kalimba, et d’autres comme celle-ci que j’ai écrite : « Capoeira não tem cor, capoeira tá na alma de quem ama a liberdade, liberdade de viver, sem sofrer por ninguém… ». Des chansons qui ont un sens pour moi. Des chansons que je jouais chez moi avec mon berimbau, puis qu’on a mises en musique, pour s’amuser, car je ne vais pas prétendre faire un disque de Capoeira angola traditionnelle.

Urbana Capoeira : de la Capoeira urbaine. Ni angola, ni regional. C’est pas une musique pour la roda. Mais les chants du disque peuvent être chantés dans la roda. C’est un disque musical. Mon mestre fait souvent référence au hip hop, en le comparant à la Capoeira. Tradition et modernité se mélangent : mestre Lula y a mis du saxophone, mestre Curió, des castagnettes.. Il y a tradition quand ça perdure : si demain avec Zum Zum, on fait grandir la chose, un spectacle interactif où les gens chantent, entrent dans une ronde, avec de la musique électronique derrière. Mestre Pastinha a dit que dans la tradition Yorubá, il y a trois atabaques qui se répondent : contre-temps, temps et marcation et virada. Il a appliqué ça au berimbau. Une tradition qu’il a instaurée.

Au son du berimbau, d’une guitare slide, d’une sanza africaine, d’une trompette jazz, de la musique électronique et pop, entre tradition et innovation, c’est Zum Zum. Un équilibre.


capoeira-france.com : Concernant votre disque, on tend à le classer comme appartenant à la musique du monde, en tant que recherche autour de différents styles. Etes vous d’accord avec ça ?
Nicolas Giraud : Oui. Bien qu’on ne désirait pas mettre d’étiquette sur ce travail. Je ne voulais pas mettre le nom capoeira sur le disque. C’est mon mestre qui m’a dit de le mettre. Parce que ce sont des chants de capoeira, il y a du berimbau. Certains auraient voulu que la capoeira reste au Brésil, traditionnelle, comme une religion. Mais la Capoeira s’ouvre, on ne peut pas lutter. C’est la capoeira spectacle qui a ouvert la porte, la regional, ensuite, est arrivée sur ce tableau. Et maintenant l’angola.


capoeira-france.com : Quelles expériences retirez-vous de la scène?
Nicolas Giraud : Pour l’instant on a fait des festivals, 5 concerts. Comme on utilise des samples, on a besoin d’un ordinateur sur scène. Pour que tout se mélange. Sinon ça aurait donné un côté trop roots, avec les seuls guitares et berimbau. On a joué dans la salle la plus reconnue en matière de musique du monde ici à Paris, le Satellit Café. Nous avons également joué au Citéa, au festival de l’Eau, dans des clubs de jazz. A chaque fois qu’on donne notre maquette, soit à des gens qui font de la capoeira, ils vont adorer, soit pas aimer du tout. Libre à eux. Dans tous les cas, quand il s’agit de gens qui ne connaissent pas, il y a un très bon retour.
Et d’autres possibilités. Nous n'avons pas pensé le projet dans une optique commerciale. On a envie que ça ressemble à des chansons pop. Sur scène, on joue guitare, berimbau, sanza. On fait aussi venir un percussionniste. C’est vivant.


capoeira-france.com : Au niveau des projets en cours et à venir ?
Nicolas Giraud : Nous avons quelqu’un qui se charge de trouver des dates pour nous. On va être distribué en Angleterre et aux Etats-Unis. Au Brésil on y est parti, on a des contacts pour faire des concerts là-bas. Et avec Tony Allen, qui veut nous parrainer, il est question de faire ses premières parties. On a beaucoup de boulot, beaucoup de pain sur la planche. C’est difficile, car c’est de l’autoproduction. On n’aime pas trop la façon dont ça se passe dans les maisons de disques. On a envie de garder notre statut d’artisan. On est en collaboration avec un ami de très longue date qui est camerounais, guitariste, avec qui j’ai eu différents projets et qui a son label. Et on travaille avec le manager de Tony Allen. Ils vont distribuer le disque et nous on reste maître de notre produit. On n’a pas envie que ça nous échappe. Et pour nous, et pour la capoeira.




« Urbana Capoeira » Wemamusic - 2006


En savoir plus:
Site officiel de Zum Zum
http://www.zumzum.org

Retrouvez le disque de Zum Zum - Capoeira Urbana ainsi que le disque du groupe Ypiranga de Pastinha sur http://capoeira-boutique.com.

Zum Zum sur Myspace
http://www.myspace.com/zumzumangola

Site du Centre Ypiranga de Pastinha
http://www.cypfrance.org

Article : Rasteira bem-vinda (Brésil) : l’action du groupe projeto Capoeira Angola Ypiranga de Pastinha avec les jeunes de la favela de Maré (Rio)

Youx - Elodie Barbosa - Janvier 2007


 
Un grand merci à Nicolas Giraud et à Stéphane Waltzer pour nous avoir accordé cette interview, nous vous invitons à écouter le fruit de leur travail sur leur site http://zumzum.org !
 

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