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Le Ladjia : origine et pratiques. Josy Michalon.

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Edité en 1987 aux Editions Caribéennes, plusieurs aspects de cet ouvrage m'ont donné envie de le faire découvrir ou redécouvrir aux capoeiristes curieux. Ladjia, danmié, rompoin, survivances ou résurgences de l'Afrique en Martinique, danse rituelle et combat, les similitudes avec la Capoeira sont plus que frappantes. Il y a quelques semaines, nous vous introduisions les archives de Miss Katherine Dunham, voici maintenant l'ouvrage de référence à propos du Ladjia.


Dans les années 1980, le GCAP (Grupo Capoeira Angola Pelourinho) du Mestre Moraes, à l'époque encore entouré des Mestres Cobra Mansa, Manoel (...) part découvrir le cousin antillais, d'autres groupes feront le même voyage ; malheureusement peu de traces subsistent de ces échanges entre ces disciplines à l'histoire croisée, issues toutes deux de l'introduction dans les Antilles et au Brésil de milliers d'esclaves de nationalités différentes.

Josy Michalon, animatrice martiniquaise spécialisée dans le domaine de la danse traditionnelle nous livre une étude consciente du double héritage africain et européen. Trouvant son point de départ au Bénin, cette étude s'appuie sur une synthèse de l'art du mouvement négro-africain afin de démontrer les liens chorégraphiques - manifestes au niveau de la terminologie - entre le Kadjia béninois et le Ladjia martiniquais : symbolique, technique d'expression corporelle...


Certes, les origines génitrices de la Capoeira paraissent moins directes et évidentes, même si certains évoquent la danse N'Golo ; cependant, cette étude comparative nous renseigne sur la transmission des héritages culturels africains consécutifs à la déportation, à l'esclavage et leur adaptation à un nouveau milieu... et le tout s'il vous plaît en moins de 70 pages !



Neé du souci de connaître les origines des danses traditionnelles de la Martinique, « la danse étant un mode d'expression de l'identité », cette étude choisit le Bénin, haut lieu de la traite négrière – à destination des Antilles mais aussi du Brésil- afin d'approfondir les sources d'une gestuelle et d'une musique. Josy Michalon y évoque succintement les grandes familles de danses et les royaumes du Bénin, introduit les Basantchés et la lutte traditionnelle kadjia puis par la suite son héritage culturel martiniquais, le ladjia.


De l'Afrique...


Danses religieuses, danses rituelles d'initiation, danse de la chasse, de réjouissances ou danses guerrières, l'auteur dresse une brève liste des célébrations des événements de la vie individuelle et collective. Chez les Fon (Bénin), danse Sakpata, danse Heviosso ou Dangbé célébrent le dieu de la terre (contre la variole), de la foudre ou le dieu Serpent. Au travers d'exemples, ici les danses des vodouns, Josy Michalon introduit le lecteur à l'art du mouvement négro-africain ainsi qu'aux principales formes qu'il revêt, le contexte ou la partie de la communauté qui est concernée. D'ordre économique ou simple divertissement, symbolisant le passage à un statut social ou religieux, une dizaine de pages saisissent la pluralité et les grands principes représentatifs des danses africaines.

L'auteur rappelle par la suite les origines fondatrices des royaumes du Bénin et la constitution d'un état moderne. Autour des peuples Adja, Fon, Goun, Houéda se sont constitués une multitude de royaumes principalement placés sous l'égide du Royaume du Dahomey après une série de guerres de successions. Colonie française au milieu du XIX° siècle, le Dahomey devient République Populaire du Bénin en 1975.

Et c'est dans le nord du Dahomey et de l'actuel Bénin que les basantchés trouvent refuge, fuyant le Ghana et les razzias esclavagistes. Guerriers, éleveurs et agriculteurs, ils vont très vite s'imposer et se développer dans une région un peu plus épargnée par la traite négrière, réaffirmant leur religion, leur culture.

Danse parmi d'autres le kadjia des basantchés est directement lié à la Fête de l'igname, le Kouperou (dont on trouve le pendant chez une autre ethnie, les kotokolis, ). Achevant une cérémonie importante, le kadjia demande la participation de toute la communauté. Dans une atmosphère de liesse collective, deux hommes ou femmes (elles, seulement jusqu'au mariage) se livrent un combat exaltant l'audace et la foi au son des tambours, des flûtes et des chants qui galvanisent les danseurs-lutteurs. Les femmes de la communauté composent le soir les chants et renouvellent constamment le répertoire. Composés d'un choeur et d'une partie solo, les chants peuvent être divisés en deux camps qui s'affrontent, prenant partie pour l'un ou l'autre lutteur. Traduisant certains chants et décrivant l'énergie du moment, l'auteur nous livre un instantané assez criant. Peuple à tradition guerrière, le basantché a ainsi développé une véritable arme de combat qui, transmise de générations en générations, prône la vivacité et la malice mais dont la pratique reste intimement liée à une célébration et à la musique.


...aux Antilles.


Tout comme au Brésil, la traite négrière a introduit aux Antilles, ici nous nous intéressons à la Martinique, des milliers d'esclaves de nationalités différentes.

 

 

«...Le déracinement, la déculturation, les conditions de vie, les transformaient en bétail à la merci des colons, leurs propriétaires. Bien que rebaptisés au nom du maître, nourris, habillés selon sa fantaisie, privés de leurs dieux, de leur musique, de leur danse, ils gardaient au plus profond d'eux-mêmes le souvenir de l'Afrique... » Josy Michalon

 

Et tout comme au Brésil et ses Quilombos, les communautés d'esclaves en fuite vont jouer un rôle déterminant dans la sauvegarde et la réappropriation des pratiques ancestrales. Le marronage va permettre, loin des habitations du maître de conserver au Ladjia, au Kalendé, au Belé tout leur caractère africain.

Vocable sûrement introduit par des esclaves béninois, l'histoire du ladjia commence à ces sources africaines et de même que le kadjia des basantchés, elle va mettre en valeur la souplesse, la force et l'inspiration des lutteurs pour en bénéficiant des apports de diverses ethnies devenir une manifestation spécifiquement martiniquaise. Longtemps dansé les soirs de paye et le dimanche, le ladjia suppose un chanteur, un batteur de tambour, un batteur de ti-bois et l'assistance qui reprend les refrains en choeur. Pas de lutte sans chant, le rôle du chanteur est tellement prépondérant que par ses improvisations, il peut faire perdre un lutteur. C'est un véritable dialogue entre les lutteurs et l'orchestre, à l'instar de la capoeira -malheureusement il arrive qu'on l'oublie-, où le langage chorégraphique peut varier selon l'inspiration et le talent du lutteur. Damié dans le nord, certains affirment que le ladjia originel y aurait perdu son efficacité et sa férocité et y aurait gagné un apport fantaisiste.


Ses origines, son développement et ses évolutions : l'étude du ladjia nous replace dans le contexte qui a vu le développement de la capoeira, c'est un apport conséquent à la compréhension des voies de transmission des traditions africaines malgré la déportation et l'oppression. Elle nous permet d'envisager de nouveau le processus d'assimilation de ces traditions ancestrales qui revêtent au Brésil comme aux Antilles, une forme spécifique. Ici aussi, les fondations sont issues de la syncrétisation des apports africains ; mais, car elles subissent l'influence européenne, la manifestation du Ladjia est typiquement Martiniquaise. L'auteur établit d'ailleurs, à la fin de son ouvrage un parrallèle avec la capoeira et le Chat'ou guadeloupéen.

 

"...Les choses cachées remonteront la pente des musiques endormies..." Aimé Césaire.

 

guilhem. rédaction capoeira-france.

 

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