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Un pays à construire : une présentation de l'esclavage au Brésil.

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Le 27 avril 1848 , aprés un long travail des abolitionnistes, la Seconde République naissante interdit définitivement l'esclavage dans les colonies françaises. Il faut attendre quarante ans et la Lei Aurea du 10 mai 1888, pour voir le Brésil abolir l'esclavage à son tour, il sera d'ailleurs le dernier empire colonial à l'accepter. En cette période de commémoration, Capoeira-france souhaite par une série d'articles retracer ou esquisser, car le sujet est vaste, les conditions de la déportation et de l'esclavage : la traite négrière et l'importance de l'esclavage dans les exploitations agricoles puis le temps de la résistance et les conditions de l'abolition au brésil.

Cette histoire et sa mémoire restent les racines de la capoeira et ceci malgré ses nombreuses évolutions. Elle y puise entre autres, au-delà de ses mouvements et de ses chants, deux valeurs essentielles : la résistance et la nécessité du divertissement.



Un pays à construire : une présentation de l'esclavage au Brésil.

 

Découvert en 1500 par Pedro Cabral, le Brésil est rapidement envahi par les colons portugais, et les indiens autochtones très vite réduits à la condition d'esclaves dans de grandes exploitations sucrières où ils peinßent à s'adapter à un travail sédentaire. Pour développer le Brésil et pour combler le manque de capital humain, les portugais doivent alors importer massivement des noirs achetés sur les côtes d'Afrique. La traite des noirs devient systématique à partir de 1550, stimulée pour d'évidentes raisons politiques et économiques par l'Etat Portugais et l'Eglise catholique qui considérait les noirs au travers d'une interprétation outrancière de l'Ancien Testament comme un peuple « maudit».
Au total entre le XVIème siècle et 1850 - date de la pseudo abolition officielle du trafic- trois millions et demi d'esclaves (chiffre qui ne considère que les esclaves parvenus au Brésil) sont transplantés d'Afrique au Brésil. Ce chiffre représente 30% du nombre d'esclaves vendus dans toutes les colonies d'Amérique. Ce qui explique qu'aujourd'hui le Brésil a la deuxième plus grande population noire du monde derrière le Nigeria. .
Jusqu'à cinq cents personnes furent entassées par familles entières dans des navires vétustes. Des navires voués normalement à transporter des marchandises sur la route des Indes, se trouvèrent reconvertis au transport d'êtres humains par des armateurs et une noblesse portugaise peu scrupuleuse. Dés lors, quatre à six semaines de trajet attendaient les plus résistants d'entre eux avant de rejoindre le Brésil ; beaucoup mourraient, la plupart tombaient malades. A l'arrivée, les négriers les livraient à des commerçants qui soignaient leur "marchandise" avant de la revendre à des grands propriétaires.



Navio negreiro de Angola chegou, cheio de negros

Trazendo Rei Nâgo


Aux 16ème et 17ème siècles, le système économique brésilien était essentiellement dépendant de l'agriculture et des échanges qu'elle permettait avec le continent. Au début, aprés la simple exploitation de la production naturelle de bois de braise -pau brasil- qui donna son nom au pays, l'exploitation agricole se construisit avec une plus ou moins grande intensité autour de la canne à sucre et les nombreux canavials -champs de canne à sucre- demandaient une main d'oeuvre toujours plus importante. Avec la concurrence des Antilles françaises, le point d'appui économique de l'aristocratie migra avec le temps de la canne à sucre à l'or et ensuite au café, définissant peu à peu une évolution des besoins techniques. Unique instrument d'exploitation, l' « esclave-outil » eut à évoluer à son tour et c'est tout naturellement que la Companhia Geral do Grão Para e Maranhão qui posséda un temps le quasi monopole de la traite négrière adapta sa recherche d'esclaves à le demande.
Ainsi, si de nombreuses vagues d' esclaves d'ethnies africaines différentes se succédèrent au Brésil, les traficants étaient toujours préoccupés par l'adaptation de l' «esclave-outil » aux besoins économiques. Au 16ème siècle, après les guinéens, les portugais préférèrent les soudanais d'Afrique occidentale, très grands, afin de travailler dans les plantations de canne à sucre naissantes. Puis au 17ème siècle, avec l'expansion des mines d'or, ils se tournèrent vers l'Afrique centrale et équatoriale, et importèrent des bantous -dont la culture est considérée par certains comme la base de la capoeira- , plus petits que leurs prédécesseurs, animistes et sédentaires, donc plus adaptés à la vie dans les exploitations agricoles. Au 18ème siècle, ce fut le tour des minas d'Afrique Occidentale que les portugais estimaient plus résistants.

Dans cette logique de préserver et adapter la main d'oeuvre, ils s'aperçurent vite que les esclaves avaient un rendement moindre quand ils étaient "moins bien conservés"et leur accordèrent quelques droits : un jour de repos, création de corporation, de posséder et de cultiver leur propre lopin de terre, d'acheter leur libération, de recevoir une nourriture de qualité et suffisante...tout ceci pour les maintenir en bonne santé, dans le seul but d'assurer leur efficacité au travail.


Tant est si bien qu'au début du 19ème siècle toute l'économie brésilienne reposait sur le système esclavagiste. Dans le Brésil colonial, les portugais et leurs descendants considéraient le travail manuel comme dégradant. C'est pourquoi les colons conservaient dans leurs grandes propriétés leur main-d'oeuvre : un retour à un système féodal.
Dans les propriétés, les esclaves se partagaient en deux groupes : ceux qui assurent les gros travaux (plantation, élevage, exploitations minières..) sous la vigilance du contremaître et ceux qui servent à l'intérieur de la maison du maître.
Par ailleurs, en ville, il existait une catégorie d'esclaves assez particulière : les esclaves de rente. Ils étaient porteurs, marchands ambulants, artisans. Payés pour les services rendus ils donnaient chaque semaine à leur maître une somme convenue tout en gardant l'excédent mais ils vivaient dans la rue, relativement libres de leurs mouvements.

Le trafic d'esclave n'est officiellement aboli qu'en 1850, car même si l'institution commençait à être remise en question dès le début du 19ème siècle, l'expansion de la culture de café la renforçait, les planteurs ayant trop besoin de bras. Des mesures sont progressivement prises : tout d'abord, la loi décrète que les enfants d'esclaves naissent libres, puis vient la loi du 13 mai 1888, la princesse impériale Dona Isabel, régente, proclame la loi de l'abolition définitive de l'esclavage (la "loi dorée"). Les conditions d'obtention de l'abolition sont encore l'objet de débats au Brésil et force est de constater que la précarité d'une grande partie de la population rend difficile la totale disparition du travail forcé peu ou pas rémunéré.


Un siècle plus tard, on observe que l'esclavage existe encore sous d'autres formes; ce ne sont plus les noirs qui sont exploités mais des petits paysans pauvres ou sans terre et des travailleurs mal payés.
Les mécanismes de cet esclavage moderne reposent sur de nombreux facteurs : pauvreté massive, inégale répartition des richesses, expansion rapide des espaces agricoles, non-respect des droits humains et une faiblesse chronique de l'administration et de la justice. Les mesures entreprises restent négligeables dans la mesure où cette nouvelle forme d'esclavage reste un facteur important de l'expansion de l'économie agricole brésilienne.

 

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