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Pierre Kast. Carnets Brésiliens 1966. Académie du Mestre Bimba.

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Pierre Kast au Brésil en 1966.

L'INA ou Institut National de l' Audiovisuel entreprend depuis quelques années de mettre en ligne une grande partie des archives des programmes de télévision dont elle a la conservation et l'archivage en charge. Par l'intermédiaire du site de Pol Briand nous vous avions déjà proposé un article sur un documentaire de quelques minutes commenté par Georges De Caunes, sur la Capoera du Mestre Pastinha. D'autres trésors sommeille encore dans les archives numériques du site et parmi ceux-ci, les quatres volets des Carnets Brésiliens de Pierre Kast tiennent une place privilégiée. Ces vidéos d'environ une heure chacunes y sont à la vente pour 4 euros par partie.

Cinéaste français, réalisateur et scénariste, Pierre Kast réalise en 1966 pour l'ORTF - l'équivalent du service public actuel -, une série de quatre documentaires qui sera diffusée en 1968 aux premières heures de la télévision en couleur. Déjà auteur de nombreux longs métrages dont certains au Portugal (il comprenait donc un peu le portugais), le réalisateur français passa les six premiers mois de l'année 1966 au Brésil. Six mois, vadiando dans ce pays immense avec une équipe composée entre autres du cameraman Affonso Beato (Stephen Frears, Carlos Diegues, Pedro Almodovar, Glauber Rocha...) et d'un représentant du Cinema Novo, génial realisateur d' Os fuzis en 1964, le jeune Ruy Guerra.

C'est donc la vision d'un intellectuel français sur un Brésil dont la culture est encore passablement méconnue à l'étranger.* Vous pouvez trouver l'intégralité du sommaire des documentaires sur le site de Pol Briand et de l'association Capoeira Palmares dont nous saluons une fois de plus le contenu tant sur le plan de la qualité, que de la quantité.

 

1ère Partie : Rio de Janeiro

2ème Partie : Architecture du Baroque Mineiro à Brasίlia et São Paulo.

3ème Partie : Bahia.

4ème Partie : Amazones, Nordeste, Cinéma brésilien.


Témoignages d'un Brésil en plein éveil culturel, ces documentaires, en évitant toutefois la plupart des écueils post colonialistes oscillent allégrement entre la présentation d'un capitalisme brésilien et de ses acteurs et la mise en lumière des revendications populaires, Oscar Niemeyer et Lucio Costa, concepteurs de Brasilia, ville du triomphe de la raison face au berimbau du Mestre Bimba et à l'objectif du réalisateur Glauber Rocha qui filme la misère et la faim du sertão. Monté (très bien d'ailleurs) comme un voyage, c'est une plongée introspective dans le Brésil de la fin des années 1960. Un regard sur un pays d'où émerge entre églises baroques et buildings, une culture populaire vivante et puissante.

De ces quatres documentaires, nous ne saurions vous conseiller lequel privilégier (16 euros le tout ça commence à être conséquent) car ils nous paraissent tous intéressants ; cependant pour les inconditionnels de la capoeira -ce que vous êtes tous-, la partie concernant Bahia est dotée d'un document exceptionnel, six longues minutes de jeu filmés dans l'Académie du Mestre Bimba.


Vivons cachés pour vivre forts et libres !


Troisième volet de la série, Bahia est essentiellement consacré à la culture africaine au Brésil, à ses nombreuses résurgences mais aussi à ses représentants, ses voix qui s'élèvent, portent les revendications d'un peuple opprimé qui s'affirme désormais.

De Gilberto Gil à Maria Béthania, en passant par Jorge Amado, Mestre Didi, Mestre Bimba et Carybé, tous chantent la Bahia noire et montrent les restes matériels du temps de l'esclavage. C'est aussi l'occasion de voir le Mercado modelo d'avant sa destruction par un incendie, les quais de Salvador encore fourmillants d'activité et le quartier du Pelourinho pas encore rénové ni destiné à accueillir des flots incessants de touristes.

Dans ce Pelourinho débute la partie consacrée au Mestre Bimba, une vision extérieure de l'académie nous mène en son sein où l'on trouve le Mestre déjà âgé jouant du berimbau au fond de la pièce. Une minute où accompagné par la voix off de Pierre Kast, la caméra effectue le tour de la pièce découvrant à nos yeux emerveillés le contenu de l'académie, photos, dessins et pages de calendriers agrémentés de quelques jolies pin-up de l'époque.

Le commentaire de Pierre Kast n'est certes pas le principal intérêt du document ; cependant, il me semble pour l'époque assez éclairé, il y est question de pratique sportive mais aussi de rituel, de culture, de lutte.

« [...]De l'extérieur, la capoeira est une sorte de danse, une danse que les maîtres, regardant leurs esclaves s'agiter en mesure au son du berimbau, prenaient pour une belle et bonne danse, et qui était en fait un instrument de combat, un système cohérent et délibéré d'entraînement au combat, l'équivalent exact du jiu-jitsu ou du karaté. Un karaté déguisé en pavanne,[...] »

Non, son principal intérêt réside en la qualité et la rareté de son enregistrement, l'un des premiers enregistrements en couleur de capoeira et surtout en son ao vivo. Les quatres dernières minutes sont exemptes de commentaires et l'on peut voir les jeux (peu coupés !) des élèves du Mestre au son du berimbau et des corridos...petit plaisir.


Le seul souci du document réside en son acquisition car outre le fait qu'il soit payant -droit des auteurs- il vous faudra télécharger la version gratuite de Divx player, merveilleux logiciel Microsoft qui vous interdira par la même l'accès au archives de l' INA si vous ne disposez pas d'un ordinateur sous Windows. Sans relancer de façon stérile le débat autour du droit des auteurs ou tout du moins de la rétribution de ses ayants-droits, ni sur le financement de l'audiovisuel public, il m'apparaît un peu difficile d'expliquer à quelqu' un qui s'acquitte de sa redevance audiovisuelle qu'il ne peut pas accèder aux archives sous pretexte qu'il utilise Mac os ou un système d'exploitation libre. Vous ne pourrez pas non plus le graver ou le voir sans être connecté à internet.

Malgré tout c'est un document qui mérite que l'on s'y attarde et vous pouvez toujours vous regrouper afin d'en acquérir les quatres parties à moindres frais. De nouveau, un grand bravo à Pol Briand pour le travail colossal entrepris.

 

*malgré quelques rares exceptions dont, en 1962, la Palme d'or au festival de Cannes du touchant « huis-clos à ciel ouvert », O Pagador de Promesas d'Anselmo Duarte.


guilhem. rédaction capoeira-france.

 

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