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Mestre Barrão Capoeira com muito Axé !

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Marcos Antonio da Silva est né en 1964 à Recife, Pernambuco.
Son premier contact avec la capoeira se produit en 1974, avec Mestre Pirajá. Petit à petit, il commence à fréquenter les rodas de rue organisées par Mestre Teté, qui l'a beaucoup influencé dans sa formation. En 1962 il crée le Grupo Axé Capoeira, qui est officialisé en 1987. En 1982 Mestre Barrão s'installe au Canada pour développer un travail de capoeira dans les écoles. Avec pour objectif de travailler et d'enseigner tous les aspects de la capoeira - art, danse, lutte, sport, culture et folklore- le Grupo Axé Capoeira a conquis des milliers d'adeptes dans le monde entier, et est à l'heure actuelle présent dans dix-neuf pays.
Effectuée à l' occasion du lancement de Grupo Axé Capoeira Vol V, cette entrevue nous expose l' attention particulière et l' énergie que le Mestre accorde à la musique. Conseils musicaux mais aussi considérations sur l' équilibre que doit trouver le capoeiriste pour consolider son travail.


P. Capoeira: Pouvez-vous nous parler un peu de ce CD volume V?


C'est un travail très abouti auquel j'avais réfléchi bien avant l'enregistrement. Il est un peu différent des autres ... il est plus mélodieux, plus polyphonique. Je ne sors pas de la tradition mais j'ai beaucoup travaillé le côté musical. C'est un CD qui peut plaire aux capoeiristes comme à ceux qui ne le sont pas.

P. Capoeira: Quels tuyaux donneriez-vous aux capoeiristes qui veulent produire un CD de capoeira de qualité?

Tout d'abord, être patient et avoir un peu d'expérience pour le produire. Ce n'est pas nécessaire d'avoir une voix très travaillée, mais il faut chanter avec ses sentiments. Le capoeiriste ne doit pas se comparer à un chanteur, mais plutôt à un « cantador » (poète/chanteur). Il improvise, crée des vers. Mais pour cela, il faut étudier beaucoup la capoeira, fréquenter les rodas, passer du temps auprès de grands maîtres et vivre, car la musique de capoeira ne parle pas que de capoeira, elle parle aussi de la vie, de la nature, de nos ancêtres et de notre culture brésilienne. Bien chanter, ne pas chanter faux, ça peut s'apprendre grâce à la technique. Mais pour composer des paroles de musique de capoeira, il faut comprendre un minimum l'histoire de notre peuple, acquérir une bonne expérience et avoir partagé la vie du monde de la capoeira pendant un certain temps.

P. Capoeira: Quelle est la fonction de la musique dans la capoeira?

La musique est fondamentale dans la capoeira. C'est l'âme de la capoeira; c'est elle qui transmet l'énergie qui anime le capoeiriste. Quand la musique n'est pas bien jouée et chantée, l'énergie de la roda n'est pas la même; généralement, le jeu ne se développe pas bien. C'est la musique qui m'a attirée vers la capoeira. Dans la plupart des cas les personnes s'arrêtent dans la rue pour voir une roda de capoeira parce qu'ils ont été attirés par la musique, ce n'est qu'ensuite qu'ils s'intéressent aux mouvements.

P. Capoeira: Comment les capoeiristes travaillent-ils la musique en capoeira?

Je crois que certains capoeiristes laissent un peu à désirer, parce qu'ils n'ont pas de manière bien à eux de chanter; en général ils copient la façon de chanter d'autres groupes ou d'autres maîtres et ne créent pas leur propre identité musicale. Les capoeiristes reconnus dans la capoeira comme de grands chanteurs ont chacun un style de chant qui leur est propre.

P. Capoeira. Le Grupo Axé Capoeira a beaucoup grandi au cours de ces cinq dernières années. Quels sont les principales raisons de ce succès?

Je crois que c'est le niveau technique que le groupe a développé ainsi que le travail musical et culturel. Notre travail ne se limite pas à l'aspect sportif, on travaille la capoeira comme un tout. Ce qui attire les étrangers vers la capoeira, c'est le fait qu'il s'agisse d'un art qui englobe la danse, la culture, la musique, le sport, la lutte... Les capoeiristes qui ne travaillent ou n'enseignent qu'un seul aspect de la capoeira laissent à désirer et mettent en péril le développement de leur travail.

P. Capoeira: Quelles sont les principales difficultés que la capoeira et les capoeiristes rencontrent en ce moment?

A cause des difficultés économiques que rencontre notre pays, les problèmes ne se posent pas qu'aux capoeiristes mais aux brésiliens en général. Au delà de la question économique, il existe toujours au Brésil une discrimination culturelle par rapport à la capoeira et aux autres activités liées à la culture noire.

P. Capoeira: Vous êtes un capoeiriste qui a réussi à atteindre une certaine stabilité financière. Que faut-il faire pour devenir un capoeiriste performant financièrement?


Il est très important d'avoir foi en Dieu et de croire en soi. Il est aussi fondamental de construire une famille, parce que c'est la base de tout; mais ça doit être avec une personne avec qui tu es vraiment compatible, qui t'appuie et croie en ton travail. Parce qu'il y a beaucoup de femmes, mais aussi d'hommes, qui entrent en compétition avec la capoeira. Très souvent, ils en viennent à dire: « c'est la capoeira ou moi! ». Moi, je suis marié depuis des années et ma femme ainsi que mes enfants me donnent beaucoup de force et m'aident dans mon travail. Je pense que pour avoir du succès dans la capoeira, pas uniquement au plan financier, mais comme un tout, il faut l'aimer et la pratiquer par amour et non par vanité. A l'heure actuelle, la capoeira peut offrir aux capoeiristes une chance de construire une vie et un monde meilleur, mais pour cela il faut l'aimer beaucoup et la respecter.

P. Capoeira: Quelles sont les possibilités que la capoeira devienne un jour un sport olympique?


Je crois que la capoeira n'est pas près de devenir un sport olympique, de par le manque d'organisation des capoeiristes eux-mêmes. Je pense aussi que si la capoeira devait un jour être présente aux jeux olympiques, elle perdrait beaucoup de son aspect culturel et artistique. La question est: « Comment la capoeira pourrait être notée et par qui? » Parce que les jurés ne seront pas les grands maîtres de capoeira, mais plutôt des personnes qui ne prendront en considération que le côté physique, sportif. Dans la capoeira, il n'y a pas que le côté sportif ou la lutte, il y a aussi la question rituelle et culturelle. Elle doit être évaluée comme un tout et non pour un seul de ses aspects.

P. Capoeira: La question de l'utilisation de la « main » dans la capoeira est très polémique. La main peut-elle être utilisée dans la capoeira et quels mouvements sont permis dans la roda?


Ça dépend du jeu et de la situation dans laquelle le capoeiriste se trouve. La capoeira a été, et sera toujours, la nécessité de survivre. Si j'ai l'opportunité et la nécessité d'utiliser ma main, pourquoi est-ce que je ne l'utiliserais pas? Ce qui est fort dans la capoeira, ce n'est pas le mouvement en soi, mais bien de savoir gérer la situation. Et pour gérer la situation n'importe quel mouvement est valable. Si tu as un bras, une main, pourquoi ne pas l'utiliser? La capoeira a un lien très fort avec la rue, le capoeiriste a un instinct de guerrier. Parfois, le fait que les capoeiristes n'utilisent pas la main est dû à leur manque de technique: ils veulent exclure des mouvements de main qui existent et ont été créés par les grands maîtres comme: escala, galopante, godeme, asfixiante, etc.

P. Capoeira: Quels sont vos projets pour la suite?

Je pense lancer un nouveau CD et si Dieu le veut, je vais réussir à organiser une Rencontre Internationale du Grupo Axé Capoeira à Recife avec la présence de nombreux membres du Brésil et d'autres pays ainsi que d'innombrables capoeiristes invités. L'autre projet, c'est le lancement de cinq DVD, quatre de cours et un de rodas, produits et distribués aux États-Unis par Century, l'un des plus importants labels d'arts martiaux du monde.
Source : Praticando Capoeira
Traduction : Sébastien Palusci.
 

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