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Mestre Itapoan : la Capoeira, un sport ?

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Raimundo Cesar Alves De Almeida- Mestre Itapoan, est né le 13 août 1947, à Salvador/Bahia. Il est chirurgien dentiste, diplômé de l'Université Fédérale de Bahia où il s'est spécialisé en endodontie. Il est professeur adjoint de la Faculté d'Odontologie de la UFBA, et dispense des cours pour les années d'endodontie I et II.

Il a commencé son apprentissage de la capoeira avec Mestre Bimba en 1964, a été formé et s'est spécialisé au CCFR ( Centro de Cultura Fisica Regional ) avec comme grade « Lenço Amarelo ».

En 1972, il a fondé la Ginga Associação de Capoeira et en 1980, la ABPC- Associação Brasileira dos Professores de Capoeira. En 1984, il a aidé à la fondation de la Federação Baiana de Capoeira, à laquelle il appartient aujourd'hui au sein du conseil des Maîtres.

Il a reçu du MEC (Ministère de l'Education), de la présidence de la République et du conseil national des sports (Conselho Nacional de Desportes) la médaille nationale du mérite sportif.

Il a été, en 1970, champion du tournoi Mestre Bimba du CCFR; en 1971, Champion Universitaire Bahianais (en double et en individuel); et triple champion bahianais, en tant qu'entraîneur, pour la Ginga Associação de Capoeira. Il est aussi l'auteur des livres suivants: « Bimba, Perfil do Mestre »; « Atenilo, o Relâmpago da Capoeira Regional »; « Bibliographia Critica da Capoeira »; « A Saga do Mestre Bimba »; « Erasmo Almeida Meu Pai »; « Capoeira, Retalhos de Roda »(à paraître) et de la revue Negaça, volume I, II, III et IV.

Dans cette entrevue datant de 2006, le Mestre nous donne sa vision des évolutions de la capoeira moderne et nous invite à prendre soin de notre patrimoine.


P. Capoeira: Parlez-nous un peu de la GINGA (nom de son association).

La GINGA est née d'une nécessité. Quand Mestre Bimba est parti pour Goiânia, nous, ses élèves, sommes restés orphelins de maître. Il n'y avait pas d'autre académie de Capoeira Regional, notre situation était difficile, on ne voulait pas s'entraîner dans une école de Capoeira Angola. Donc Xaréu et moi avons décidé de fonder une école que nous avons appelée GINGA, le 13 novembre 1972, quatre mois avant que notre Mestre ne parte. Nous l'avons invité à l'un de nos cours, et il est décédé un an plus tard.


P. Capoeira: Quels sont les objectifs de la GINGA ?


Nous avons décidé que la Ginga serait une extension de l'Académie de Mestre Bimba. Ce serait le seul endroit où on enseignerait la Capoeira Regional. Notre but est de préserver toute la philosophie du Mestre en ayant comme base sa méthode d'enseignement: sa Séquence d'enseignement (obligatoire jusqu'à aujourd'hui pour nous), les mouvements de projection, les Toques de Berimbau, un berimbau et deux pandeiros seulement dans la roda; un point c'est tout.


P. Capoeira: Vous voulez dire que la Ginga n'a pas suivi l'évolution de la Capoeira Moderne ?

Pas du tout, nous conservons la méthodologie du Mestre, une méthode victorieuse, éprouvée par de longues années de pratique; cependant nous restons et sommes attentifs aux évolutions et aux « pseudo-évolutions ». Comme je voyage beaucoup, j'ai pu prendre la mesure des différents aspects qui ont modifié la structure de la Regional. Par exemple: aujourd'hui les élèves sont obnubilés par les sauts, par les mouvements impressionnants, et ils oublient ainsi la tradition, les racines, le sol qui est la base de tout.

Pourtant il est évident que la condition physique des capoeiristes d'aujourd'hui est bien meilleure que de mon temps, dans la Regional comme dans l'Angola. La préparation physique, les compléments énergétiques (parfois de véritables « bombes »), l'alimentation équilibrée et le culte du corps, ont fait du Capoeiriste un athlète de haut niveau, bien plus athlète que capoeiriste à proprement parler.


P. Capoeira: Et comment avez-vous accepté cela dans la GINGA ?

De même que la Capoeira Regional est assimilée à Mestre Bimba, La Ginga, c'est moi et je suis la Ginga. Ne voyez pas là une attitude de domination, d'égoïsme ou de vanité... Dans la capoeira, les choses se passent comme ça. Nous, les fondateurs de groupes, nous devenons des références, les décisions passent toujours par nous. A titre d'exemple: Abada c'est Camisa; Muzenza c'est Burguês; Cordão de Ouro c'est Suassuna ; Gerais c'est Mão Branca; Capoeira Brasil c'est Boneca, Paulão c'est Paulinho Sabiá; Zambiacongo c'est Geni; Filhos de Bimba c'est Nenel et ainsi de suite. Étant donné que nous défendons nos groupes et que nous sommes toujours présents dans les événements au Brésil et dans le monde entier, nous devenons de véritables synonymes de nos groupes. C'est pourquoi, à l'intérieur de la Ginga, on me reconnaît le droit d'accepter ou non les nouvelles tendances dont on parlait plus tôt. Par exemple: je trouve que les sauts constituent un bon entraînement, certains fonctionnent dans le jeu, d'autres non. « l'entraînement, c'est l'entraînement, le jeu, c'est le jeu », ce dicton qui vient du football est valable pour nous. On accorde notre préférence à une Capoeira bien jouée, avec des ruptures de rythme, objective, avec beaucoup de chutes et de tentatives de faire chuter, et des mouvements imbriqués. En ce qui concerne le Floreio (jeu « avec fioriture »); c'est seulement quand le Toque du Berimbau le demande.


P. Capoeira: êtes-vous contre la Capoeira-Sport ?

Bien au contraire. La Capoeira est un sport aujourd'hui grâce aux efforts déployés dans l'Académie de Mestre Bimba par ses élèves, comme Dr. Denacio et Carlos Senna. (Un jour, je publierai toute l'histoire de ce cheminement qui a permis que la Capoeira soit considérée comme un sport). Nous participons à toutes les compétitions officielles de Capoeira de Bahia. On a eu la chance et aussi la capacité de les remporter toutes. Je considère la Capoeira sportive comme une réalité, pourtant ça n'est qu'une petite partie de l'univers capoeiristique. La Capoeira est bien plus grande et plus riche, et elle ne se limite pas à ça.


P. Capoeira: Quels maîtres du passé font réellement partie de l'Histoire de la Capoeira ?

Tous les maîtres qui nous ont légué la Capoeira méritent le respect de tous les capoeiristes. Les maîtres Bimba, Maré, Pastinha, Noronha, Caiçara, Canjiquinha, Cobrinha Verde, Atenilo, Bobó, Juvenal, Samuel Querido de Deus, Traìra, Waldemar, Rosendo, Clarindo et tous les autres se doivent d'être cités dans tout travail sur l'histoire de la Capoeira.


P. Capoeira: Quel rôle est le vôtre en ce qui concerne les shows de Capoeira et les groupes folkloriques ?

Dans les années 60, les grands groupes folkloriques ont fait leur apparition à Bahia. Mestre Acordeon avait monté un spectacle folklorique dont le clou était la Capoeira, le show s'intitulait: « Vem Camará-histórias de capoeira »et la compagnie s'appelait Grupo Folklórico da Bahia. On a présenté le spectacle au Teatro Vila Velha et ensuite on a fait une saison au Teatro Jovem de Rio, tout ça en 1966. En 1969, on a présenté, avec le Grupo Olodum, le spectacle « Luanda Silé, Perturbação de Exu », primé au 1er Festival International de Salta, en Argentine, et « Diabruras da Bahia » avec lequel on a parcouru tout le Nordeste en 1971. J'ai aussi fait de nombreuses représentations avec le groupe du CCFR (l'Académie de Mestre Bimba), ici à Salvador et dans d'autres villes de l'intérieur du pays, et aussi deux fois (1968 et 1969) à Vitória, dans l'Etat de l'Espirito Santo. En 1982, j'ai écrit et dirigé le spectacle « Capoarte », pour le lancement de mon livre « Bimba, Perfil do Mestre ». En 2002, le Grupo Ginga présente le show « Ginga no Recôncavo » dans plusieurs théâtres de Bahia.


P.Capoeira: En terme de préservation de la Capoeira Regional, y a-t-il des différences entre le travail de Mestre Nenel et celui de Mestre Bamba ?

Sur le fond, non. Nenel a l'avantage d'être le fils de Mestre Bimba et d'avoir repris la méthodologie de son père dans son école qui s'appelle « Filhos de Bimba », par contre Bamba, même s'il a été l'élève de Vermelho 27, lui-même ancien élève de Bimba, n'a pas la même obligation de préservation. Il fait ça parce qu'il sait d'où il vient et parce qu'il enseigne maintenant dans l'ancienne Académie de Mestre Bimba, mais il est plus flexible en terme d'enseignement et il adhère à beaucoup d'aspects de la Capoeira moderne, sans pour cela laisser de côté sa fidélité à la Regional.


P. Capoeira: Comment La Ginga fait-elle pour préserver la Capoeira de Mestre Bimba?

Xaréu et moi avons beaucoup voyagé dans le but de diffuser les connaissances que nous avons sur ce sujet. Nous organisons des cours pratiques et des conférences centrés sur ce thème, depuis la méthodologie du Mestre jusqu'à sa philosophie de travail et de vie. J'ai écrit deux livres et de nombreux textes sur le Mestre et sa Capoeira Regional; Xaréu aussi aborde toujours cette thématique dans ses livres, ses textes et ses conférences. Aujourd'hui, je crois, nombreux sont ceux qui ont une connaissance plus profonde du Mestre grâce à notre contribution. De plus, la méthode du Mestre est une des bases fondamentales de la Ginga. Notre grande fierté est de défendre aussi cette cause dans la pratique. Ce dont nous parlons, nous l'appliquons dans la Ginga. Nous soutenons également tous ceux qui se donnent de la peine pour la Regional, comme Nenel, Bamba, Sacy, Acordeon et tant d'autres.


P. Capoeira: Parlez-nous un peu des deux CD de la Ginga.

Le premier CD- «Mestre Itapoan & Grupo Ginga-Capoeira 100% Regional » a été à la fois un enregistrement et un hommage à Mestre Bimba: nous jouons, pour tous les morceaux, avec un Berimbau et deux Pandeiros, toujours sur le rythme de São Bento Grande da Regional. Il s'agit de musiques de nos élèves et de deux morceaux de Mestre Paulo dos Anjos, notre ami trop tôt disparu. Le second CD, « Vem Camará! », a été réalisé pour commémorer les 30 ans de la Ginga. Nous avons décidé de rendre hommage de cette manière à nos amis de la capoeira, en mettant entre chacun de nos morceaux, une musique d'un Mestre ami. C'est ainsi qu'il y a des morceaux avec les Mestres: Ezequiel et Paulo dos Anjos (in memoriam), Mão Branca, Suassuna, Acordeon, Jelon, Marujo, João Grande, Glauber et Lucas. Ces maîtres représentent, sur ce CD, tous nos amis capoeiristes.


P. Capoeira: Que pensez-vous des revues de Capoeira ?

Il y a revue et revue. J'aime quand une revue est impartiale, ne prend pas partie pour un groupe, parle de tous. Certaines revues deviennent répétitives, elles n'apportent aucun article qui vienne contribuer à la formation intellectuelle du capoeiriste. Aujourd'hui il y a une revue qui fait, à mon avis, du bon travail. Je ne citerai pas le nom, mais les capoeiristes savent faire la différence entre ce qui est bon et ce qui ne l'est pas, le capoeiriste n'est pas bête! Ceux qui le pensent se casseront la figure et fermeront boutique, comme s'est déjà arrivé pour beaucoup de revues.


P. Capoeira: Votre message aux Capoeiristes ?

Il faut, et c'est d'une importance fondamentale, savoir qui est qui dans la Capoeira. Ne vous laissez pas tromper, vérifiez qui sont les personnes qui ont une vraie histoire dans cet art. Il est clair qu'il y a de nouveaux capoeiristes qui travaillent et ont pour but de porter la capoeira aux nues. Néanmaoins, les « pseudo-capoeiristes », qui abusent de la situation et sont de véritables gigolos de notre art, doivent être observés avec attention et leurs véritables intentions analysées. La Capoeira est le patrimoine des capoeiristes, c'est vous qui devez prendre soin d'elle. Souvenez-vous en!

 

Source : Praticando Capoeira.

Traduction : Sébastien Palusci.

 

 

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