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Mestre João Pequenou, 90 ans et une passion intacte.

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A 90 ans, Mestre João Pequeno continue, dans la roda, à montrer au monde la mandinga de la Capoeira Angola.

João Pereira dos Santos, Mestre João Pequeno est aujourd'hui l'un des grands chefs de file de la capoeira dans le monde. Avec son regard pur et sincère, l'esprit serein, il porte en lui le sagesse, le dévouement et une expérience de plus de 70 ans de capoeira.

Issu d'une famille humble, fils de vacher, il naquit à Araci, dans le sertão bahianais et commença la capoeira à 13 ans. Dix années plus tard, dans les années 40, il partit pour Salvador et dans les rodas du Pelourinho, il entendit parler de celui qui allait lui enseigner la véritable mandingua de la Capoeira Angola: Mestre Pastinha.

Aujourd'hui, à 90 ans, il arrache les applaudissements, les sourires et force l'admiration quand il entre dans la roda vadiando. « Je me sens très bien, grâce à Dieu. J'espère pouvoir continuer à jouer ma capoeira pour toute la vie » affirme le Maître.

Malgré toute la reconnaissance et la réputation dont il jouit, João Pequeno, de même que tant d'autres grands maîtres, n'est jamais parvenu à gagner sa vie grâce à la capoeira et il fut même trés prêt de perdre son académie il y a de ça quelques années.

Même face à toutes ces difficultés, João Pequeno ne se décourage pas et affirme que si cela dépend de lui, la tradition de la capoeira et le nom de Mestre Pastinha ne mourront jamais. Entrevue.


P. Capoeira: Comment vous sentez-vous aujourd'hui, à 90 ans, symbole de la Capoeira Angola au Brésil et dans le monde entier?

Je me sens très bien. Je continue de pratiquer ma capoeira, en mettant en avant le travail de Mestre Pastinha... je n'ai aucune maladie, je vais très bien.

 

 

P. Capoeira: Comment se sont passées toutes ces années dans la continuité du travail de Mestre Pastinha?

Ça a été formidable, et je continuerai toujours ce travail.


P. Capoeira: Mestre Pastinha vous a fait une requête ou a laissé des recommandations avant de disparaître?

Oui, il m'a dit: « João, tu dois prendre en compte le fait que je vais mourir, mais seul mon corps disparaîtra; tant que la capoeira existera, mon nom restera vivant. »


P. Capoeira: Et a-t-il laissé des recommandations aux autres élèves?

Non, aux autres, pas que je sache.


P. Capoeira: Quand Mestre Pastinha a-t-il commencé à vous confier l'Académie?

Dès que je suis arrivé dans l'Académie de Mestre Pastinha, il m'a transmis l'Académie. J'ai commencé à enseigner aux nouveaux arrivants...J'ai enseigné à beaucoup de gens... J'ai enseigné à João Grande...

 

P. Capoeira: Quelle était l'organisation de l'Académie de Mestre Pastinha?

La même que celle d'aujourd'hui dans mon Académie. Je fais exactement la même chose que Mestre Pastinha.


P. Capoeira: Mestre João Grande et vous-même étiez les élèves « favoris » de Mestre Pastinha. Est-ce que cela provoquait une certaine jalousie de la part des autres élèves?

(Rires) Mestre Pastinha disait: « Dans mon Académie, il y a deux Joãos, l'un joue dans les airs l'autre joue au sol , l'un est un serpent, l'autre un faucon » , il faisait référence à João Grande et à moi.


P. Capoeira: Comment se fait-il que de grands maîtres de capoeira, comme Mestre Pastinha, soient morts dans la misère?

Je n'en sais rien... Ces choses arrivent dans la capoeira... Beaucoup disent que la capoeira est maudite. Je lutte et je travaille pour démontrer qu'elle ne l'est pas. Je n'ai pas étudié, et grâce à la capoeira, aujourd'hui je suis cultivé. La capoeira m'a rendu cultivé.


P. Capoeira: Comment les élèves ont-ils réagi à la maladie de Mestre Pastinha?

Tout le monde était triste mais il n'y avait rien à faire.


P. Capoeira: Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées dernièrement?

Je n'éprouve aucune difficulté. Je n'ai pas de difficulté... Je vais bien... je voyage, j'ai mon Académie, je participe à de nombreux événements...


P. Capoeira: Pensez-vous que la Capoeira Angola ait beaucoup changé depuis les années 40?

Elle a changé...et elle a changé en bien. Le jeu, en particulier, s'est amélioré. Aujourd'hui on joue bien « embaixo » (près du sol).


P. Capoeira: Que disait Mestre Pastinha à propos de la défense de la Capoeira Angola?

Mestre Pastinha disait que si tu voyais qu'un coup allait atteindre ton partenaire, il fallait le retenir, parce que la Capoeira Angola n'est pas faite pour donner des coups. Mais il a toujours dit que la Capoeira Angola est une lutte, et elle l'est vraiment quand tu as besoin de te défendre.


P. Capoeira: João Grande a quitté le Brésil et a obtenu une reconnaissance mondiale grâce à la capoeira. Pensez-vous que si vous étiez à l'étranger, votre situation serait meilleure?

João Grande est à l'étranger, il gagne de l'argent... Il m'a dit: « Si j'étais au Brésil, je n'aurais ni l'argent ni la reconnaissance que j'ai aujourd'hui ». Moi, quand je voyage, je donne mes cours mais je ne demande pas de cachet; João Grande demande des cachets en dollar, il voyage avec des élèves, avec en plus deux gardes du corps (rires)


P. Capoeira: Voudriez-vous adresser un message aux capoeiristes?

Que les capoeiristes n'engagent pas la capoeira sur la mauvaise voie, parce que la capoeira n'est pas mauvaise; est mauvais le capoeiriste qui la fait aller du mauvais côté. Que les capoeiristes fassent de la capoeira, mais qu'ils fassent de la capoeira avec amour.


P. Capoeira: Avez-vous un rêve?

J'espère avoir la vie éternelle, la santé, la paix, la tranquillité, la connaissance, la sagesse... pour moi et ma famille. Et que Dieu me donne la force de pouvoir toute ma vie continuer avec la capoeira.

Source : Praticando Capoeira.

Traduction : Sébastien Palusci.

 

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