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Mestre Ananias, un bahianais en terre pauliste.

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Mestre Ananias est l'une des icônes de la Capoeira à São Paulo, avec ses 81 ans, il est la synthèse de l'héritage africain du peuple brésilien.

Il vit la Capoeira, le Samba et le Candomblé sans les dissocier, en éclaircissant dans son comportement les questions sur l'ascendance de son peuple. Né en 1924 à São Felix, région du Recôncavo dont la fertilité culturelle mérite une étude approfondie. Il absorbe le contexte dans lequel il est immergé et vient à São Paulo en 1953 où il fonde dès son arrivée la roda la plus traditionnelle de São Paulo, la roda de la Praça da Republica. Avec l'appui de ses contemporains et par l'intermédiaire de cette roda, la capoeira exerce alors l'un de ses principaux fondements, intégrer à la société les classes défavorisées face à leur obligations et aux préjugés raciaux et sociaux.

Ainsi développe t-il son travail depuis plus d'un demi-siècle dans la capitale pauliste, marquant de son empreinte par la capoeira et le samba, une ville d'immigrés nordestinos, de fils de bahianais, un retour aux racines culturelles.

L'entrevue est le travail de l'un des ses élèves effectué il y a un an lors de l'enregistrement de Mestre Ananias - original ao vivo vol.2 Samba de roda. N'oubliez pas les liens videos en fin de page !


Qu'est-ce que la capoeira, mestre ?

Capoeira pour moi, c'est la santé. Un sport pour homme, façon de parler ! Il faut avoir du courage, bien se comporter, accepter un pincement, ce n'est pas juste frapper, parce qu'aujourd'hui c'est ainsi...il y en a qui nient que c'est une danse, pour moi c'est la danse de la mort, la capoeira tue en souriant, un compliment et [ensuite] un coup, mec !!! C'est tout dans ma vie, s'il n'y avait pas eu la capoeira, je n'aurait pas l'âge que j'ai.


Comment avez-vous commencé (et quand) la capoeira ?

Depuis mes 14 ans, âge pour sentir la capoeira dans la peau, avant je dirai que l'on a la notion de rien [...], c'est l'âge, pour commencer à raconter l'histoire, où j'ai commencé à être malin. Je suis de São Felix-Cachoeira, au milieu de tout ça depuis tout petit.


Qu'est-ce que vous pouvez dire à propos de qui vous a enseigné ?

Juvêncio Estivador, c'était le Mestre, il faisait de la capoeira sur les quais de São Felix, au Varre Estrada, dans les fêtes de l'Eglise de São Deus Menino et Senhor São Felix. La roda était formée de João de Zaza, les frères Toy et Roxinho, Alvelino et Santos, deux frères aussi de Muritiba, Caial, Estevão -à la capoeira perverse, lui était vigile de la fabrique de cigares « Letialvi »- et des gens tels que...Traira et Café de Cachoeira....Personne n'enseignait mais le Mestre même était Juvêncio, tout le monde se réunissait et voilà, il n'y avait pas cette démarche de trouver un Mestre. Après quand je suis allé à Salvador, là oui, je suis arrivé dans la roda de Pastinha en 1940 plus ou moins. J'habitais à Liberdade, dans la rue XIII et les dimanches j'allai assister à la roda du Mestre Waldemar que j'ai commencé à fréquenter.

Les mercredis, il y avait le cours et le dimanche c'était la roda pour présenter notre travail au peuple et aux américains qui allaient là. Elle était formée de Dorival (frère de Waldemar), Maré, Caiçara, Zacarias, Bom Cabelo, Nagé, Onça Preta, Bugalho et Mucunge, joueur de berimbau. A la capitale j'ai commencé à améliorer mon berimbau et mon jeu avec le regretté Waldemar et avec le temps j'ai reçu le poste de Contramestre de Waldemar [à l'issu] d'un test rigoureux des Mestres.

Canjica a été un grand capoeiriste, sambista, chanteur, percussioniste, l'homme était complet. J'ai fait un show avec lui, ici à São Paulo, je l'ai connu à Bahia et après ici, j'ai joué la capoeira dehors à ses côtés, à faire des shows, pas dans l'académie non...Jai eu mon diplôme [de mestre] avec lui mais à cette époque, il n'y avait pas cette histoire de diplôme.


Qui étaient vos exemples lorsque vous avez commencé à jouer ?

Nagé et Onça Preta étaient bons, un jeu dansé, provoquant le rire, faisant des singeries, trés beau...déjà les autres, c'était plus dur. Maré et Traira avaient aussi un jeu trés joli, Bom Cabelo et Zacarias, maintenant le Waldemar était un Mestre né, vraiment trop bon, il était bon en tout. Caiçara, Caiçara était endiablé et avec Dorival, lorsqu'ils se rencontraient, hum !! Ils étaient ennemis dans la roda, le jeu était brave, dehors je ne sais pas.


Qu'est-ce que vous pensez être le plus important pour être un bon capoeiriste ?

Il faut s'y consacrer pour savoir de tout dans la capoeira, des instruments au jeu et savoir enseigner aussi. Il y a beaucoup de choses devant soi, c'est pas juste aussi taper d'un instrument, il y a beaucoup de choses...


Quelle est la différence entre la capoeira d'avant et la capoeira aujourd'hui ?

Beaucoup de différences...vouloir comparer la capoeira ancienne et cette effrontée d'aujourd'hui...hum! Aujourd'hui dans cette lenteur [...] tous assis au sol...avec ça ils déclassent la capoeira angola, il faut être en haut et en bas, un jeu vivant. Et on a vu pire...ils inventent des modes, la capoeira appartient au monde, elle est du monde et n' a pas de propriétaire, ils veulent gagner de l'argent sur le dos de chimères (trouxas). Le rythme était vivant, les notes explicatives, ces jours-ci c'est une tristesse, c'est à rien y comprendre, tu vois.


Et le Samba Mestre, avec qui avez vous appris ?

A Bahia avec les vieux, dans les candomblés, dans les rodas de samba, on faisait la capoeira et après du samba. Avec mon père principalement, qu'il fasse n'importe quoi, il était l'homme du samba aux côtés de ses compères guitaristes. Lui, au pandeiro et moi, au milieu à apprendre.


Et le groupe « Garoa do Reconcavo », il sort d'où ?

Il est très bon, je l'ai formé avec mes élèves. En premier vint la capoeira, puis je me suis ajouté aux jeunes, j'ai pris l'instrument, tout le monde a applaudi et de là au meilleur, on s'est améliorés et on en est arrivé là. Ce samba que les gens font est ancien, j'étais enfant lorsque je l'ai appris, c'est le samba duro du Recôncavo...Et le CD, avec les grâces de Dieu va être bon, non il est bon.



Qu'est-ce que vous voulez enseigner à vos disciples ?

Tout ce qui est en moi. Pour enseigner à mes élèves, ça dépend de leur bonne volonté. Personne ne donne rien sans rien et je veux mon espace en retour, notre maison à tous, où tout le monde vient et apprécie mais jusqu'à présent...tout le monde réclame le retour de notre espace.


Où sera la capoeira dans 20 ans ?

Ça dépend des mestres car de la façon dont c'est parti, cette anarchie, principalement sur les places publiques, ils ne pensent qu' à la vaillance. Pensons mieux ou le futur, alors...


Vous avez une chanson que vous préferez ou que vous aimez beaucoup chanter ?

Toutes, elles sont égales, toutes bonnes...


Ce que vous aimez faire en dehors de la capoeira ?

Candomblé, comme ogâ des entités, je suis peint, rasé à la disposition des orishas mais...c'est aussi tout modifié, jusqu'aux entités ou les chants qui sont modifiés.


Peut-être que vous pouvez en dire plus sur votre groupe ?

Notre groupe est excellent, ce qui manque, c'est un espace mais ça dépend de vous, une hirondelle seule ne fait pas le printemps. [...]

C'est maintenant chose faîte, l'état pauliste subventionne une maison au Mestre où il tient cours de capoeira et de sambe et des rodas tous les mercredis.

Casa Mestre Ananias – Centro Paulistano de Tradições Baianas, localizada no Bixiga (rua Conselheiro Ramalho, 945), bairro de tradição afro-descendente

Source : Portal Capoeira.

Traduction et rédaction : guilhem. rédaction capoeira-france.

 

Mestre Ananias dans son nouvel espace entouré de ses élèves jouant du samba duro du Recôncavo.

http://www.capoeira-france.com/v2/index.php/videoshare/view/id/95

 

Bande annonce d'un documentaire en cours où l'on voit les activités du Mestre.

http://www.capoeira-france.com/v2/index.php/videoshare/view/id/96

 






Mestre Ananias - original ao vivo vol.1

L'album, édité pour les 80 ans de l'honorable Monsieur, dégage une telle axé, une telle force que Capoeira France se devait de rendre hommage à la richesse de ce document, sans nul doute l'une des meilleures parutions de ces dernières années. Une chronique qui nous avait valu bien du plaisir.

Lire la chronique.

 

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