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Interview de mestre Marrom

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Mestre Marrom
Marrom
Maître de Capoeira
11 avril 2003
Ladeira Ary Barroso, 1
Clube Copaleme.


E2B : Pour vous, qu’est-ce que la citoyenneté aujourd’hui au Brésil?
Mestre Marrom : Citoyenneté aujourd’hui au Brésil... C’est le fait que la personne soit citoyenne, consciente d’appartenir au pays, Etat dans lequel elle vit, des problèmes sociaux qu’il vit, politiques, raciaux, préjugés qui touchent à la couleur de la personnes, des problèmes sociaux... Oui, c’est le fait que l’on soit conscient de tout cela. Pour arriver à ce niveau de conscience, où la personne lutte pour ses droits, pour les droits de ses frères aussi, comme brésilien, il devrait y avoir une meilleure éducation... la carence du citoyen vient du fait qu’il revendique ses droits. Je vois le brésilien, d’aujourd’hui en général, très individualiste. Il revendique, revendique, mais quand on regarde de plus près, il revendique SES droits. La base de l’éducation doit venir de l’école, mieux, de la maison.


E2B : Et vous pensez que voter aujourd’hui est un acte citoyen ?
Mestre Marrom : Oui ; bien sûr. Le vote se concrétise par l’élection directe, nous avons la liberté de choix en ce qui concerne le vote. Oui la liberté, on l’a maintenant il y a un autre fait, c’est que nous sommes corrompus. Corrompus, car, au final le Brésil est un pays pauvre et la question sociale est fragile, alors il est facile de manipuler avec de l’argent. Le droit de voter...je me sens citoyen, cela me fait sentir citoyen. Le droit de vote manquait, nous l’avons gagné, maintenant il nous reste beaucoup de choses à conquérir par la lutte.


E2B : Le fait de voter est-il le seul acte qui vous fasse sentir citoyen ?
Mestre Marrom : Non...rires... Le fait que je puisse voter, me fait aussi sentir citoyen. Il y a aussi d’autres choses, du type, je suis dans la rue, je sais que j’ai la protection de la police, ce n’est pas encore ça, mais elle s’est améliorée. Mes droits...le droit à l’hôpital, école publique, pour mon fils...Je me sens citoyen mais il y a encore beaucoup de choses qui manquent, ou qui doivent s’améliorer.


E2B : Vous venez de me parler des droits des citoyens. Mais les devoirs, quels sont-ils pour vous ?
Mestre Marrom : Il faut encore une fois revenir sur l’éducation. Je trouve, personnellement, que la plupart, pas tout le monde, mais une grande majorité des brésiliens sans éducation, dans tout le sens du terme. En particulier, les gens ne savent pas quels sont leurs droits, encore moins quels sont les devoirs. Tout ceci changera par le biais de l’éducation. On voit tellement d’exemple de cette situation... dans la rue même ; des situations barbares où l’individu ne remplit pas son rôle de citoyen. Un homme, qui dans sa voiture ouvre la vitre et jette sa poubelle par la fenêtre. Il sait que quelqu’un va ramasser sa canette, alors pourquoi s’en faire ?


E2B : Et pour vous, qui sont les exclus de la citoyenneté ?
Mestre Marrom : Vois-tu, pour moi malheureusement, les exclus de la citoyenneté, ce sont les habitants de la Baixada, et ceux qui habitent dans la favela. La situation de Rio est bien particulière. Le morro et la favela, à une certaine époque, c’était la honte de la ville. Et là, qu’a-t-on fait ? Au lieu de permettre que ces personnes trouvent un travail ailleurs, ils ont fermé l’endroit, de manière à ce que personne ne sorte. Ils ont créé leur propre monde à l’intérieur, un monde où « chacun est pour soi, dieu pour tous », ils ont forgé leur propre loi. Et l’habitant de favela ne se mélange pas avec les autres, même pas dans la rue. Les jours de plage, quand ils viennent ici à la page, on entend des choses du genre : « oh, favelado, oh « banlieusard »...cela ne pouvait être que cela ! » ou alors : « ah, je ne vais pas à la plage le dimanche, c’est plein de banlieusards.... »
Et entre temps, que s’est-il passé ? Le nombre de favelas a explosé, le trafic de drogue s’y est organisé et ils ont commencé à sortir : séquestration, vols.
En même temps, les ONG se sont organisées, les associations aussi : « ah mon dieu, il est temps d’amener la culture dans le morro, de faire un travail social ». Mais trop tard. Ils ne sont plus considérés comme citoyens. Pas d’éducation, de culture, ils ne sont pas insérés dans la société ; des exclus.


E2B : Mais cela veut-il dire qu’être exclu de cette façon de la citoyenneté ne permet pas de devenir citoyen par une autre ?
Mestre Marrom : Bah... en fait il faudrait que ces deux réalités se complètent ; car oui il y a des gens honnêtes qui travaillent dans la favela, qui voudrait s’exprimer plus ; une sorte d’échange avec les gens d’ici. Que ces derniers entrent dans la favela et les aident d’une certaine façon. Un échange.


E2B : Et vous personnellement, que faîtes vous dans ce sens ? Pouvez-vous me parler de votre travail social ?
Mestre Marrom : Oula...je ne le fais pas, j’essaie. Je pourrais très bien me vanter là-dessus, mais en réalité, je tente de faire quelque chose de concret pour ces gens. J’essaie à travers la capoeira. J’essaie de leur faire passer un certain nombre de valeurs : l’éducation, la discipline, mais surtout la culture, qui est essentielle pour comprendre la capoeira. J’essaie d’amener ça dans les communautés. Et puis il y aussi le côté récréatif aussi. Leur montrer que la vie, cela n’est pas seulement avoir un pistolet à la main. Parce que dans les favelas, bien souvent, l’idole des jeunes et des enfants, c’est le trafiquant de drogue. Il a de l’argent, du pouvoir sur les autres habitants, il crie, a le pouvoir de décider. Et un des moyens que l’on a pour combattre cette situation, c’est le travail la culture et l’éducation ; démontrer en fait qu’il s’agit d’un faux pouvoir. Leur montrer qu’à travers la citoyenneté, eux aussi ont du pouvoir.
On a fait un travail à Santa Marta, mais on a du partir...mais on a quand même essayé, durant la période où on s’est installé là-bas de commencer un travail, et cela importe. Surtout quand il y a des résultats, même s’ils sont peu. Des élèves qui commencent à prendre d’autres cours, du théâtre, du chant...et c’est déjà beaucoup. Il y a bien sûr divers segments de la société. Aujourd’hui, en général, les jeunes en savent plus sur ce qui les intéressent directement, l’éducation...et la société en général est beaucoup moins passive, et savent l’importance de la culture et l’éducation. Dans les morros ont assiste aussi à ce genre de phénomène. Mais attention, il n’y a pas que dans la favela où l’on rencontre des problèmes. Rio de Janeiro est entièrement problématique. Le Brésil aussi. On a trop tendance, des fois à se focaliser sur la favela « oh le pauvre habitant de la favela, oh le pauvre enfant de rue !! ». Bref...je pense qu’il y a différents groupes, différents chemins vers la citoyenneté, chemins qui se rencontreront à la fin. Le peuple brésilien pour cela doit jongler, il doit être créatif, ce qu’il est déjà en quelque sorte...mais il doit renforcer cette tendance. Par exemple, j’ai un ami qui fait le même type de travail que moi à travers la capoeira, nos chemins vont bientôt se rencontrer, et même si l’on fait un travail différent, nous ne tarderons pas trop à parler la même langue.


 

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