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Maître Bimba. Le capoeiriste au corps magique.

Maître Bimba. Le capoeiriste au corps magique. - Muniz Sodré.
Editeur : T.J. Sanz éditeur. Collection A Iuna., 2007-03-01

Muniz Sodré de Araujo Cabral est sociologue et journaliste. Professeur en communication à l'Université Fédérale de Rio de Janeiro, il est l'actuel président de la Bibliothèque Nationale du Brésil. Auteur de nombreuses parutions sur la culture noire et les mass-médias, il nous livre dans cet ouvrage de 2002 son souvenir de Mestre Bimba dont il fut le disciple.

Père de la capoeira régionale, Mestre Bimba, décédé en février de l'année 1974, demeure encore à ce jour une figure emblématique de la capoeira, célébrée, chantée, louée... L'auteur met en perspective ses propres souvenirs, les sources écrites et les témoignages des proches et contemporains de Bimba afin d'éclairer le destin de cet homme du peuple, à la formidable énergie corporelle et à l'indéniable talent musical, désormais partie intégrante des symboles mythiques de Salvador de Bahia.


Cet ouvrage, d'une grande érudition -voire un peu ardu par instant-, est stucturé de plusieurs chapîtres aux noms issus de chulas ou corridos : « Ou sim, sim, sim ! Ou não, não, não ! », « Cala a boca, muleque ! Muleque é tu ! »...tous se rapportant à un aspect de la vie du mestre, certains très sérieux et d'autres assez amusants. Au début, il nous fait part du contexte dans lequel Mestre Bimba a réhabilité la capoeira. D'un père ancien esclave, maître de batuque*, en un temps où les joueurs de batuque et capoeiristes passaient pour des braves ou des filous, l'auteur nous apprend comment Mestre Bimba était conscient de la difficulté pour la société à admettre la culture de l'analphabète et du pauvre, conscient des préjugés qui ont grandi aprés l'abolition de l'esclavage avec le refoulement social et l'oubli. Evoquant en ce sens, poètes, musiciens, hommes politiques, noirs ou métis que l'on avait volontairement gommé de l'histoire des XVIII° et XIX° siècles. Il inscrit Bimba dans une période où la pratique de la capoeira était rendue criminelle par le code pénal de 1890, les capoeiristes stigmatisés comme ennemis publics et son apprentissage limité à la roda.


Dans une ville ne s'étant pas encore tournée totalement vers l'industrie pétrolière et donc encore à grand caractère provincial et populaire, Muniz Sodré nous montre les rouages de la modernisation de la capoeira entreprise par Bimba.

« Les Noirs, oui, ils venaient d'Angola, mais la Capoeira est de Cachoeira, Santo Amaro et Ilha de Maré**, mes amis ! ». Ainsi la capoeira sera bahianaise, régionale et pour la réhabiliter aux yeux du public et des autorités, Bimba engage plusieurs procédés : les fameux combats de 1936 où il va défier ce qui se faisait de mieux comme lutteur et, sous l'influence des luttes importées par l'immigration, la codification de l'apprentissage. Trois aspects prédominent dés lors, les sequencias, au nombre de huit, ensembles de mouvements constituant la base de la régionale, la cintura desprezada, prises visant tonicité et abandon musculaire (balão) et la roda, privilégiant un jogo solto et elle aussi munie d'une nouvelle organisation de la bateria (un berimbau, deux pandeiros...). Les toques vont aussi être réadaptés et certains introduits ( iùna était à la base un toque de guitare sertaneja...).

L'auteur nous apprend néanmoins qu'en 1907, l'armée avait publiée un « Guide de Capoeira ou Gymnastique Brésilienne » pour entraîner ses troupes et qu'à Rio de Janeiro lorsque Bimba créait la régionale, le très célèbre Sinhozinho enseignait une lutte où il n'avait retenu de la capoeira que les coups qu'il lui semblait efficace laissant de côté musique et héritage culturel. La voie de la libre diffusion semblait donc ouverte mais Bimba réussit à y préserver tradition, esthétique du jeu et identité collective.


« Ê Lemba, ê Lemba, ê Lemba do Barro Vermelho »

L'un des aspects de Bimba soulevés par l'auteur est son implication dans les résurgences de la culture africaine et particulièrement le candomblé. Ogâ-alabê ***dans le candomblé do caboclo Cinco Penas, le mestre dont la tête avait été choisie par Xangô exerça officieusement pendant prés de quarante ans le rôle d'alabê au terreiro de son épouse Dona Alice, dans le quartier à la terre orangée prés d'Engenho Velho. Pour l'auteur, l'esprit rénovateur et créatif de Xangô n'a pas marqué seulement sa capoeira mais aussi ses relations avec le pouvoir institutionnel. Bimba aux sympathies cachées pour le discours militant, ne supportait pas l'injustice sociale et exprimait son opinion sous forme de tirades ironiques. C'est d'ailleurs ce rapport à l'institution qui l'amènera à finir sa vie à Gôiania oublié de ses contemporains.


Aujourd'hui, son travail est reconnu dans le monde entier et pas seulement par les couches populaires. En 1996, l'« illettré-cultivé » était nommé à titre posthume, Docteur Honoris Causa de l' Université Fédérale de Bahia. Jouissant d'une reconnaissance tardive, le travail du mestre reste cependant assez méconnu de toute une génération de capoeiristes. Fort des considérations et anecdotes des membres de sa famille (Formiga, Nenel, Dona Alice...) et de ses élèves, cet ouvrage s'impose dés à présent comme une référence en matière d'investigations et d'analyses sur la vie de Mestre Bimba. Et l'importance toujours grandissante du mythe confirme le texte qui achevait sa nécrologie en 1974:

« Bimba est mort. Mort ? Il est allé à Palmares, voyons ! »


*ici sous sa forme bahianaise, le batuque était une lutte dansée sur le rythme du samba, constituant vraisemblablement une des matrices de la capoeira.

**Cachoeira, Santo Amaro et Ilha de Maré sont des lieux du Reconcâvo bahianais.

***Ogâ-alabê désigne le responsable de l'atabaque dans la maison de candomblé.


guilhem. rédaction capoeira-france.

plus d'infos
Thème : Mestre Bimba
env. 125 pages

un point de vue à la fois passionné et porteur d'un certain recul.

des recherches trés approfondies qui replacent Mestre Bimba et sa vie dans les fondements techniques et mystiques de sa capoeira.

les références sociologiques et philosophiques auxquelles l'auteur fait appel rendent parfois la lecture périlleuse.

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