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Besouro Preto de Salim Rollins. 2003.

Besouro Preto de Salim Rollins. 2003. -
Editeur : , 2008-04-02

Ontem eu fui na roda
Um moleque me chamou pra jogar
Eu que sou desconfiado, mas
fiquei bem de parte a reparar
O que estava escrito na camisa
Era um tal de Besouro Mangangá
Ê ê, ê á
Era um tal de Besouro Mangangá

[CD Mestre Paulo dos Anjos]

Fertile, aux nombreux champs de canne à sucre, le reconcavo bahianais fut aussi par le passé un terrain propice à la diffusion de nombreux mythes ou légendes issus de la vitalité de la diaspora africaine. D'une petite ville de cette région nous vient la légende d'un valentão marchant dans les pas de la tradition afro-brésilienne, capoeiriste protégé par un sort, que l'on disait capable de se transformer en insecte afin d'échapper à ses poursuivants et qui utilisait son art afin de défier ceux qui abusaient de leur pouvoir.

Manoel Henrique Pereira, plus connu sous l'appelation de Besouro Preto ou Besouro Manganga est né dans la ville de Santo Amaro da Purificaçao en 1885 et par ses exploits, ses perpétuelles bagarres avec la police, son nom est à jamais gravé dans l’histoire et la mémoire des bahianais. Il reste d'ailleurs loué par des générations de capoeiristes au Brésil et dans le monde qui lui dédient de nombreux corridos et ladainhas.

Besouro Preto a existé sans aucun doute, mais où s'arrête la figure historique et où commence le mythe ? Salim Rollins par l'observation de témoignages ou de différentes interprétations de la vie de Besouro, nous propose un travail qui s'enfouit profondément dans les aspects mystérieux voire mystiques de la capoeira, un regard supplémentaire sur les traditions spirituelles africaines qui jalonnent la vie des capoeiristes au Brésil. Des historiens brésiliens -dont l'incontournable Frede Abréu- mais aussi américains, Valdinha pinto, maí de santos et membre de l'Unesco, mais aussi de nombreux mestres et capoeiristes.


Besouro preto, le scarabée noir.

Docker pour les petits voiliers , les saveiros, qui circulaient entre Cachoeira, Salvador et d'autres villes, Besouro et ses compagnons capoeiristes ont laissé une empreinte indélébile dans l'imaginaire de Bahia. Zilda Palm, témoin visuel de l'époque, nous livre dans une image d'archives, qu'il s'agissait d'un noir à la peau très obscure -à laquelle il devait surement son surnom-, extrêmement agile et respecté de tous. Le correio da Bahia avait produit en 2001, le témoignage de José Martins dos Santos, ancien éléve de Besouro qui le décrivait comme un brave qui aimait se confronter à la police et produit par la-même son certificat de décés daté du 8 juillet 1924. Mestre René, de l'association Acanne, le voit comme un défenseur des opprimés et des plus faibles dans un contexte post-abolition où le peuple noir n'avait pas obtenu l'émancipation et où de nombreux policiers demeurent célèbres de par la férocité de leur persécution. Toutes ces affirmations doivent être, d'aprés le Mestre Moraes ou l'historien Frede Abreu, considérée avec prudence dans la mesure où il n'existe aucun document enregistré. Toujours est-il que le documentaire de Salim Rollins nous dresse un portrait crédible de cet homme du peuple qui s'est érigé contre le pouvoir et les persécutions policières.


Besouro Manganga, le scarabée « magique ».

Ganga désigne en yoruba le maître, le spécialiste mais associé au préfixe man, il signifie la médecine, le sort. Car l'on prête à Besouro d'avoir été protégé par un sort de corpo fechado (corps fermé) qui le rendait impénétrable par tout objet en fer, on dit d'ailleurs qu'il fut tué par un faca de tucum, couteau fait d'un bois très dur que l'on trouve à Bahia. Le témoignage du Mestre João Pequenou, dont le père était un cousin de Besouro nous livre une histoire rocambolesque où la police avait tiré dessus à maintes reprises et lui s'était relevé pour se rendre tranquillement à sa maison. Ce sort, résurgence de croyances africaines, et qui existait encore il y a une centaine d'années consistait à enfoncer des graines de haricots sous la peau afin de rendre la peau impénétrable à tout objet d'où l'image de corps fermé. C'est pour les personnes interrogées le signe du lien très fort qui existait entre le candomblé et les capoeiristes, tout deux persécutés, l'un protégeait l'autre, l'un préservait l'autre. Pourtant pour le Mestre Moraes, le sort, le corpo fechado, c'est une représentation de la capoeira et il en va de même pour les prédispositions à « s'envoler » de besouro, c'est la mandinga du capoeiriste, sa disposition à esquiver, se sortir de n'importe quelle situation et la magie, le côté mystique du personnage, c'est sa connaissance de la capoeira. Cette capoeira dont la force a aidé à préserver de nombreux pans de la culture africaine au Brésil.


« Besouro Preto » a été présenté lors de nombreux festivals, le dernier en date à Amsterdam, et devient un document incontournable pour tout capoeiriste qui souhaite connaître la figure besouro manganga, la portée symbolique de son histoire et les fondements de la mysticité de la capoeira. En outre, il est muni de nombreux passages dans les académies des Mestres Valmir, René, João Grande...et j'en passe. Travail effectué par la Fondation Internationale de Capoeira Angola, on aurait toutefois souhaité une meilleure mise en avant des entrevues des capoeiristes regionais et soyons chauvins des sous-titres en français.


un document qui produit de nombreuses archives et témoignages.

un film trés bien monté et à la bonne photographie.

pas de sous titre (si en anglais!!)

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